LE PAS DE LA CLE ET LE VALLON DE NAVE (AUTRANS)

LA FAÇADE NORD DU VERCORS

 

L'arête qui ferme le Vercors au nord, du sommet de la Sure à celui du Bec de l'Orient, présente une succession de sites intéressants, fort esthétiques, d'ailleurs, par la vue qu'ils offrent sur le Pays Voironnais.

Le plus marquant d'entre eux est le vallon de Nave, qui prend naissance par une large échancrure dans la falaise qui domine Montaud.

L'impression de relief est plus nette si l'on utilise Google en cliquant sur Vallon de Nave et en faisant pivoter l'image. On distingue bien alors l'extension des prairies dans le haut du vallon, dont il sera question un peu plus loin.

Cette échancrure constitue l'origine du vallon, car la pente de celui-ci est régulièrement descendante depuis 1527 m à l'amont, dans la brèche large de 300 m ouverte dans la falaise, jusqu'à son arrivée, vers 1100 m, dans les prairies d'Autrans, trois kilomètres plus loin. Le vallon est double en début de parcours, puis se réduit à une seule vallée après quelques centaines de mètres.

Dans la partie haute du vallon s'ouvrent quatre « pots » ou dolines, représentés sur la carte IGN au 1/25 000. En amont de ces pots, le vallon est large et recouvert de prairies. Mais, passés les pots, il se rétrécit, parfois jusqu'à quelques mètres de largeur seulement. Toutefois, si ses parois latérales s'élevent en forte pente, il ne devient jamais un canyon.

Si la responsabilité des eaux dans la formation du vallon est évidente, d'où celles-ci pouvaient - elles provenir, puisqu'il n'est dominé par aucun bassin d'alimentation ?
Nous pensons que seul le glacier de l'Isère qui, avant de s'épanouir sur le bas Dauphiné, contournait le rebord nord du Vercors, a pu envoyer ses eaux creuser le vallon.

Or, l'origine du vallon se situe, nous l'avons dit, à 1527 m d'altitude. Les eaux glaciaires coulant 50 à 100 m sous la surface du glacier, celle-ci devait donc s'élever au minimum à 1580 m pour pouvoir creuser le vallon.

Le glacier responsable n'est donc ni celui du Würm ni celui du Riss.

Même au cours de la glaciation Grotte Vallier, les glaces n'atteignaient pas cette altitude.

Par contre, pendant la glaciation maximum La Molière, le glacier de l'Isère s'élevait approximativement, nous l'avons dit ailleurs, à 1740 m sur l'arête nord du Moucherotte et 1680 m sur la Sure. Une altitude de l'ordre de 1550 à 1600 m à la naissance du vallon de Nave, 6 km plus en aval, nous semble donc assez vraisemblable.

Le film des événements pourrait avoir été le suivant:
Profitant d'un point bas dans l'arête, les eaux de surface du glacier ainsi que la tranche supérieure de la glace sur quelques dizaines de mètres d'épaisseur ont donc pénétré à l'intérieur du massif, donnant ainsi naissance au vallon de Nave. Une partie ce des éléments transportés par le glacier, qui se sont déposés sur les premières centaines de mètres du vallon, à peu près jusqu'aux pots, qui absorbaient une partie des eaux.
Ces dépots morainiques sont à présent recouverts de prairies, cependant que la diminution de débit des eaux en aval des pots se lit dans la moindre largeur du vallon après ceux-ci..

Dans cette hypothèse, la pente de surface du glacier entre la Sure et l'origine du vallon de Nave ressort à 1,3 % environ, alors qu'elle était de 1,1 % entre l'arête nord du Moucherotte et le plateau de la Molière.

Entre l'extrémité nord du plateau de la Molière et l'origine du vallon de Nave, l'arête qui constitue le rebord nord du Vercors dépasse rarement 1600 m d'altitude et présente plusieurs points bas aux alentours de 1500 m.
La surface du glacier de la Molière se situait donc sensiblement au niveau de l'arête.

Cette disposition, nous l'avons rencontrée fréquemment : les arêtes relativement rectilignes suivent souvent le tracé d'un glacier disparu, en se situant quelque peu au-dessus. À quoi cette disposition peut-elle être attribuée? Une possibilité nous paraît pouvoir être envisagée, celle où ces arêtes ont été modelées au cours d'une glaciation plus ancienne encore et plus importante.

Revenons à la façade nord du Vercors. Si notre hypothèse est exacte, des entrées d'eaux glaciaires à l'intérieur du massif devaient se produire par les portions de l'arête les plus basses, par exemple celles situées une 50 à 100 mètres sous la surface du glacier. Aux points hauts, par contre, ne pouvaient pénétrer à l'intérieur du massif que de faibles quantités d'eaux et de matériel glaciaire.

Existe-t-il ici des traces de ces pénétrations d'eaux glaciaires ?

Si l'on parcourt la crête, depuis le sommet de la Buffe jusqu'à l'origine du vallon de Nave, on ne peut manquer d'observer, de place en place, la présence de prairies, qui tranchent sur les lapiaz et les chaos rocheux omniprésents ailleurs. Ces prairies sont révélatrices d'un sol plus riche en argile que le calcaire urgonien qui les environne, probablement, nous semble-t-il, d'origine glaciaire.

On peut remarquer que ces prairies, qui sont indiquées sur la carte ci-dessus, occupent bien les zones situées aux points bas de l'arête.

C'est le cas de celle-ci



La plus importante d'entre elles se situe au Pas de la Clé, elle va nous fournir une ultime confirmation de nos hypothèses.



Déja, à la partie basse de la prairie, une guirlande de gros blocs suggère la moraine frontale d'un petit lobe glaciaire issu du Pas.
Mais surtout, en dessous de l'extrémité est de la prairie, un vallon ou plutôt un canyon prend naissance à la cote 1500 m et descend vers le sud-ouest. Il s'étend sur plus de 200 m, et il est borné par de petites falaises qui présentent par endroits des signes d'écoulement d'eau. Son fond est garni de sédiments qui permettent une progression plus aisée que sur les lapiaz environnants.



L'existence de ce canyon et l'altitude de son origine nous semble prouver qu'il a été creusé par les eaux de fonte d'une petite diffluence du glacier de l'Isère par-dessus l'échancrure du Pas de la Clé. L'origine du canyon se situe d'ailleurs sous la partie orientale des prairies, ce qui est logique par rapport à la naissance des eaux glaciaires.


En conclusion, il nous semble que ce rebord nord du Vercors confirme bien notre thèse sur l'existence et l'altitude atteinte par cette glaciation maximum la Molière.