UNE EPAULE REMARQUABLE : LE SAINT EYNARD (Isère)
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Voir la tectonique du Saint-Eynard :
http://www.geol-alp.com/chartreuse/0_index_chartreuse.html

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Le Mont Saint Eynard, qui fait partie du massif de la Chartreuse, domine l'agglomération grenobloise de ses deux falaises superposées.
Son aspect est caractéristique, une longue crête quasiment horizontale sur 4,6 km, en falaises coté Grésivaudan, alors que le versant ouest, coté Chartreuse, est en pente modérée et couvert de forêts.


 

 


Entre les deux falaises s'étend une pente couverte de forêt, dont la largeur est très variable.
A la base de la falaise sommitale se trouve la remarquable Galerie du Saint Eynard, un abri sous roche rectiligne et quasiment horizontal - à 10 m près - sur près d'un kilomètre.
Après l'interruption du ravin du Mont Garin, la pente intermédiaire entre les deux falaises reprend sur une longueur de 3 km (en partie hors photo).


 

La Galerie, horizontale, court à 1180/1190 m sous la falaise sommitale.

Elle est actuellement (2009) inaccessible par suite d'un éboulement.


Reprenons la vue précédente, en la complétant par l'indication des altitudes.
Au-delà des limites de la photo, à droite, l'altitude de la crête atteint 1379 à 4 km et 1350 m à 4,6 km du sommet sud.
Ici se termine la partie à peu près horizontale - très légérement ascendante - du Saint Eynard, avant la montée plus soutenue qui l'amène à 1400 m à 4,9 km et à 1489 m à 5,7 km (les Grands Crêts).
Les altitudes indiquées sont celles des points hauts de la crête, les points bas se situant au maximum 45 m en dessous.
Par rapport à la ligne moyenne, points hauts et points bas se situent donc au maximum à plus ou moins 22 m de dénivellée sur une longueur de 4,6 km.
On reconnait ici la définition d'une épaule.

Toutes les distances sont mesurées à partir du point géodésique, appelé ici sommet sud.


 

Intéressons-nous à présent aux glaciers quaternaires.

Voici le tracé des glaciers au-dessus de l'ombilic grenoblois. Il s'agit là des glaciers würmiens, mais les glaciers rissiens suivaient dans cette zone le même trajet, à une altitude toutefois plus importante : alors que la surface du glacier würmien s'établissait sur Grenoble aux environs de 1150 m, son homologue rissien atteignait, au même endroit, 1310 m (voir la page Altitude des glaciers de l'Isère).

L'altitude du glacier rissien était de :
- 1370 m par le travers du sommet sud du Saint Eynard et
- 1410 m au sommet de l'épaule.

ces valeurs étant calculées en appliquant la formule de Nye-LLiboutry, dont on sait que, par suite de la grande largeur de la vallée de l'Isère, elle donne ici de bons résultats
(voir la page Altitude des glaciers de l'Isère)

On constate donc que ce glacier dépassait légèrement le niveau de la crête actuelle.

Continuant plus au nord, la constation est la même, résumée par la figure suivante.




Ce croquis appelle les remarques suivantes :

1 -- Le Saint Eynard est bien une épaule, de dimension exceptionelle, surmontée par le Riss ainsi que par les glaciations antérieures d'importances supérieures (sous réserve des mouvements orogéniques et isostasiques ).
Son relief est dû aux actions glaciaires, ainsi que le montre la comparaison avec d'autres épaules citées dans la page consacrée aux épaules.

2 -- La pente plus soutenue de l'arête à partir de 1350 m (kilomètre 4,6) permet de fixer à cet endroit le sommet de l'épaule. Or on sait que l'épaisseur de glace au-dessus d'un sommet d'épaule ou d'épaulement
est de quelques dizaines de mètres et que nous avons adopté dans cette étude la valeur 50 m.
Ceci fixe le niveau de surface du glacier à 1400 m environ, altitude très peu différente de celle calculée à l'aide de la formule de Nye-Lliboutry, qui est 1410 m.
Une preuve supplémentaire de l'origine glaciaire de cette épaule.

3 -- Comme nous l'avons vu à la page formation des seuils et des épaules, nous attribuons la formation de ces dernières à l'action des eaux glaciaires qui coulaient à 100/150 m sous la surface. C'est donc le cas au Saint Eynard, où le glacier surmontant de 100 à 150 m la crête de l'époque, celle-ci devait se situer aux environs de 1220 à 1270 m vers le sommet sud et 1250 à 1300 m vers le sommet de l'épaule.
Ces valeurs nous permettent de déterminer un ordre de grandeur des
mouvements orogéniques et isostasiques qui ont pu affecter ce rebord du massif de la Chartreuse depuis le Riss :
La crête actuelle se situant en moyenne à 1330 m au sommet sud et à 1350 m vers le sommet de l'épaule, on peut donc penser que la crête s'est soulevée de 50 à 100 m depuis le maximum du Riss.

Au maximum de cette glaciation, l'arête était entièrement noyée sous la glace. Il en est de même, dans les environs immédiats, de celle du Mont Rachais (1046 m) .
En effet, franchissant le Saint Eynard, le glacier de l'Isère, grossi, dans la vallée du Sappey-en-Chartreuse par les glaces descendues de Chamechaude, s'écoulait en direction de Saint- Egrève, de part et d'autre de l'Ecoutoux (1406 m).
Mais, avant d'y parvenir, le glacier rissien rencontrait, un obstacle, le Néron, dont il arrivait sensiblement au niveau de l'arête sommitale.
Cette similitude avec le
Saint Eynard ne peut relever du hasard et nous paraît constituer une preuve supplémentaire de l'origine glaciaire de ces reliefs.
On se reportera à ce sujet à la page Les enseignements du Néron.

4 -- L'arête du Saint Eynard étant donc noyée sous les glaces, aucun dépôt morainique ne pouvait alors s'y produire.

On perçoit la différence avec un cas presque analogue, celui de la moraine de Plancol (Vallée de la Malsanne, Isère)
dont la situation au col homonyme plaide pour une formation commune aux deux glaciers qui s'y affrontaient : celui du Grand Armet et celui du Rochail, d'importances comparables. Luttant à armes égales, ils ont donc déposé au col une moraine commune.


5 - Au pléniglaciaire würmien, la formule donne les valeure suivantes ;
- 1170 m au sommet sud
- 1190 à l'extré
mité nord de la Galerie.
On voit donc que, compte tenu de l'érosion qui s'est éxercée jusqu'à nos jours sur ces terrains peu résistants, le glacier würmien à son maximum noyait légérement la base de la falaise.
Cette constatation se révéle applicable dans de nombreux cas ; la base des falaises était légérement noyée au pléniglaciaire, en particulier lors de la glaciation maximum. Nous reviendrons ultérieurement sur cette question.


6 -- Une derniére remarque, peut-être la plus importante :
Nous avons dit, à la page formation des seuils et des épaules, que dans le cas général des épaules «
tout se passe comme si le glacier "usinait" la crête de l'épaule de manière à la rendre parallèle à sa propre surface à cet endroit». Le Saint Eynard en est un bon exemple.

Pour que l'arête sommitale du Saint Eynard - et, à un moindre degré, celle du Néron - soit à la fois, sensiblement horizontale et située dans une même strate, il faut que l'action glaciaire ait exercé, non seulement un "rabotage" de cette arête, mais encore soit responsable de sa situation en plan.

On trouvera une tentative d'explication dans la page citée ci-dessus.

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Certains diront que le Saint Eynard est tout simplement une cuesta, que l'existence de la Galerie est dû seulement à l'érosion périglaciaire et qu'il n'est nul besoin de faire appel aux glaciers ni à leurs eaux pour expliquer leur genèse.

Certes, dans cette dalle de tithonique redressée vers l'est, l'érosion a taillé une falaise. Mais quel type d'érosion ?
Passons-les tous en revue, seule l'érosion glaciaire en est capable, elle qui sait modeler les plans d'épaulement et les flancs d'auge.
Et comment expliquer que l'arête soit quasiment parallèle à la surface du glacier? Ce ne peut être le fait du hasard !
Pour nous il s'agit bien d'une épaule glaciaire , la plus longue que nous avons rencontrée, ébréchée seulement en son milieu par l'éboulement du ravin du Mont Garin (éboulement ou vestige d'écoulement des eaux d'un glacier antérissien intérieur à la chartreuse ? )