LES PLANS D'EPAULEMENT

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Voici trois exemples de plans d'épaulement, dans des sites très différents, puisque l'un d'eux se situe en Suisse, à proximité du col du Grimsel et les deux autres dans le massif du Vercors.

UN PLAN D'EPAULEMENT DANS LA VALLEE DE L'UNTERAAR (Suisse)



L'examen de cette image fait apparaître un plan d'épaulement, large surface relativement plane, moins inclinée que le flanc d'auge parallèle à la vallée et déversée vers le talweg.

On peut voir que la crête qui domine ce plan d'épaulement n'a jamais été occupée par des glaciers ni empruntée par des torrents.

L'épaulement qui lui fait suite à droite - à la même altitude (2500 m environ) - est une ligne - et non une surface - et a été séparé du plan d'épaulement par un cirque glaciaire.

 

Photo non renseignée



Deuxième exemple, celui-là dans notre massif du Vercors,

À l'aval immédiat de Lans-en-Vercors, la vallée du Furon, affluent de l'Isère sur sa rive gauche, était, lors de la glaciation rissienne, remontée par une branche du glacier de l'Isère jusqu'aux environs de Lans-en-Vercors.

Diverses considérations sur lesquelles nous ne reviendrons pas ici et qui figurent à la page la diffluence rissienne de Saint-Nizier-du- Moucherotte permettent de montrer que le glacier rissien atteignait des altitudes de l'ordre de 1300 m à Saint -Nizier-du-Moucherotte et de 1000 m à Lans-en-Vercors.


Or la rive gauche du Furon, entre le hameau des Merciers et Lans présente une banquette descendant vers Lans, qui nous paraît en conséquence constituer un exemple particuliérement parlant de plan d'épaulement.

LE PLAN D'EPAULEMENT DES AIGAUX (Isère)


Au sud de l'arête de la Montagne de la Graille (hors photo), une banquette, longue de 4 km, doucement inclinée vers l'amont s'étend jusqu'à Lans-en-Vercors.
La ligne qui marque le sommet de cette banquette (trait blanc) s'abaisse régulièrement depuis 1220 m aux Aigaux jusqu'à 1000 m à l'Olette, aux portes de Lans-en-Vercors, en passant par 1060 m au Mas.

Si, ainsi qu'on le fait pour les épaulements, on ajoute 50 m à ces valeurs d'altitude pour obtenir la cote de surface du glacier à son périglaciaire, on trouve que la surface du glacier s'abaissait de 1270 m aux Aigaux à 1050 m à  l'Olette,  ce qui nous amène aux environs de 1000 m à Lans-en-Vercors.

C'est bien la valeur que nous avions retenue dans notre page La diffluence rissienne de Saint-Nizier-du-Moucherotte.
Cette banquette constitue donc bien un plan d'épaulement long de 4 km,
qui matérialise en quelque sorte la surface du glacier.
Une pareille régularité est remarquable et tout à fait exceptionnelle ; elle est due à l'absence de tout vallon descendu de l'arête qui la domine.

En effet, la présence de tels vallons - qui auraient pu abriter des langues glaciaires lors des glaciations et des torrents pendant les interglaciaires - aurait découpé cette banquette en une série d'épaulements séparés.


Photo prise depuis Saint-Nizier-du-Moucherotte


Un dernier plan d'épaulement, dominant Villard-de-Lans, également dans le Vercors et celui-ci, a été créé par la branche du glacier de la Grande Moucherolle descendant le vallon de la Fauge.

Il se révèle particulièrement intéressant, car il permet de définir le point de rencontre de ce glacier de versant avec le glacier général du
Vercors.

Nous sommes ici au-dessus du télécabine de Villard-de-Lans et nous dominons le vallon de la Fauge.
En face de nous, sur l'autre rive du vallon, s'étend un plan d'épaulement créé par la branche nord du glacier de la Grande Moucherolle et qu'aucun ravin n'a découpé en épaulements séparés.
Ce plan d'épaulement, couvert de prairies, est parcouru par le sentier qui mène au Pas de l'Œille.

Sa surface, inclinée vers nous, est soutenue par un lapiaz blanchâtre qui domine le talweg du vallon. Son sommet s'abaisse de droite (sud) à gauche, de 1900 m à 1620 m.


L'opposition est très nette entre le plan d'épaulement, (dont l'extrémité apparaît à droite) et les pentes qui lui font suite vers le nord, où bois et prairies dénotent un sol plus riche, donc une composition différente.

Au centre de la photo, un épaulement bien individualisé, séparé du plan d'épaulement par la Combe Charboniere.

Cet épaulement cote 1665 m.

Cette altitude - majorée de 50 m - est bien celle que notre étude permet d'attribuer au glacier de vallée d'une glaciation ancienne (vraisemblablement Günz).

Ces glaciations anciennes du Vercors feront l'objet d'une étude ultérieure (en cours de réalisation en août 2009)

Pentes et nature des sols différentes montrent donc qu'au pléniglaciaire de cette glaciation, le glacier de la Grande Moucherolle rejoignait à la Combe Charbonniere l'appareil de vallée.

Ce sont les eaux de fonte frontales rassemblées de ces deux glaciers qui ont donc creusé cette combe remarquable.

Nous venons de le voir, les plans d'épaulement peuvent être utilisés pour déterminer l'altitude des glaciers qui les ont créés.
Un bon exemple est celui donné par celui de la
Grande Pièrrière, en Beaufortain (Savoie), dans le voisinage du col du Joly.
Il permet de constater que son géniteur s'élevait à 2350 m à son extrémité supérieure et, par voie de conséquence, que ses glaces provenaient en majorité du versant sud du massif du
Mont Blanc par le col de la Seigne.
Au même endroit, le glacier de la
glaciation maximum
cotait 2450 à 2500 m.


Dimensions des plans d'épaulement

Leurs dimensions sont très variées.
Nous citerons celui des Aigaux (longueur 4000 m), vu ci-dessus ou encore celui de la Grande Pierriére, long de 3500 mètres
Mais aussi celui de la Buffe (Isère) qui ne dépasse pas 150 mètres.


Plans d'épaulement et terrasses glaciaires

Il ne faut pas confondre les deux formes de relief.
Les plans d'épaulements sont des formes d'érosion, alors que les terrasses sont des formes de dépôts.

Pour les distinguer, on peut utiliser le fait que les plans d'épaulement présentent toujours une pente transversale dirigée vers le talweg, contrairement aux terrasses.

La distinction entre les deux formes de relief est primordiale. En effet :
Pour qu'un plan d'épaulement puisse se former, il faut qu'il soit surmonté par une épaisseur de glace suffisante (quelques dizaines de mètres), soit que l'on attribue leur formation à l'érosion due à la glace ou, comme nous le pensons, essentiellement aux eaux glaciaires coulant à cette profondeur sous la surface,
Les terrasses, elles, sont sensiblement au niveau de la surface du glacier.

L'utilisation de l'une de ces deux formes de relief pour déterminer le niveau du glacier demande donc que l'on détermine à quel type elle appartient.
On remarquera toutefois qu'en montagne, pour peu qu'il s'agisse d'une glaciation un peu ancienne, les formes de dépôt ont été démantelées par l'érosion.

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Nous n'avons à ce jour trouvé que peu d'exemples de plans d'épaulement.
On peut imputer cette relative rareté au fait qu'il est peu fréquent que les plans d'épaulement n'aient pas été dominés par des vallons issus des pentes sommitales, ce qui aurait entraîné leur fragmentation en une série d'épaulements.