LES PLANS D'EPAULEMENT

121 du 11 février 2011

Voici trois exemples de plans d'épaulement, dans des sites très différents, puisque l'un d'eux se situe en Suisse, à proximité du col du Grimsel et les deux autres dans le massif du Vercors.

UN PLAN D'EPAULEMENT DANS LA VALLEE DE L'UNTERAAR (Valais, Suisse)



L'examen de cette image fait apparaître un plan d'épaulement, large
surface relativement plane, moins inclinée que le flanc d'auge, parallèle à la vallée et déversée vers le talweg.

On peut voir que la crête qui domine ce plan d'épaulement n'a jamais été occupée par des glaciers ni empruntée par des torrents.
L'épaulement qui lui fait suite à droite et qui en est séparé par un cirque glaciaire. est une ligne, perpendiculaire au talweg et non une surface.

La ligne sommitale du plan d'épaulement s'abaisse de 2650 m, à l'amont jusqu'à 2520 m à l'aval (cotes relevées sur Google Earth).

Photo non_renseignée


On remarquera de plus que la règle des falaises " la base de la falaise se situe sensiblement à l'altitude de la surface du glacier" s'applique également dans ces terrains cristallins.
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Deuxième exemple, celui-là situé dans notre massif du Vercors,

À l'aval immédiat de Lans-en-Vercors, la vallée du Furon, affluent de l'Isère sur sa rive gauche, était, lors de la glaciation rissienne, remontée par une branche du glacier de l'Isère jusqu'aux environs de Lans-en-Vercors.

Diverses considérations sur lesquelles nous ne reviendrons pas ici et qui figurent à la page la diffluence rissienne de Saint-Nizier-du- Moucherotte permettent de montrer que le glacier rissien atteignait des altitudes de l'ordre de 1300 m à Saint -Nizier-du-Moucherotte et de 1000 m à Lans-en-Vercors.


Or la rive gauche du Furon, entre le hameau des Merciers et Lans présente une banquette descendant vers Lans, qui nous paraît en conséquence constituer un exemple particuliérement parlant de plan d'épaulement.


LE PLAN D'EPAULEMENT DES AIGAUX (Vercors, Isère)

Au sud de l'arête de la Montagne de la Graille (hors photo), une banquette, longue de 4 km, doucement inclinée vers l'amont s'étend jusqu'à Lans-en-Vercors.
La ligne qui marque le sommet de cette banquette (trait blanc) s'abaisse régulièrement depuis 1220 m aux Aigaux jusqu'à 1000 m à l'Olette, aux portes de Lans-en-Vercors, en passant par 1060 m au Mas.

Si, ainsi que nous le faisons pour les épaulements, nous ajoutons 50 m à ces valeurs d'altitude pour obtenir la cote de surface du glacier à son périglaciaire, nous trouvons que la surface du glacier s'abaissait de 1270 m aux Aigaux à 1050 m à  l'Olette,  ce qui nous amène aux environs de 1000 m à Lans-en-Vercors.

C'est bien la valeur que nous avions retenue dans notre page La diffluence rissienne de Saint-Nizier-du-Moucherotte.
Cette banquette constitue donc bien un plan d'épaulement long de 4 km,
qui matérialise en quelque sorte la surface du glacier.
Une pareille régularité est remarquable et tout à fait exceptionnelle ; elle est due à l'absence de tout vallon descendu de l'arête qui la domine.

En effet, la présence de tels vallons - qui auraient pu abriter des langues glaciaires lors des glaciations et des torrents pendant les interglaciaires - aurait découpé cette banquette en une série d'épaulements séparés.


Photo prise depuis Saint-Nizier-du-Moucherotte



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Un dernier plan d'épaulement, dominant Villard-de-Lans, également dans le Vercors a été créé par la branche du glacier de la Grande Moucherolle descendant le vallon de la Fauge.

Il se révèle particulièrement intéressant, car il permet de définir le point de rencontre de ce glacier de versant avec le glacier général du
Vercors.


LE PLAN D'EPAULEMENT DU VALLON DE LA FAUGE (Vercors, Isère)


La Grande Moucherolle domine Villard-de-Lans et Corrençon de ses 2284 m.

Un glacier
y prenait naissance, qui envoyait deux émissaires, l'un sur Corrençon, l'autre sur Villard-de-Lans, par la vallon de la Fauge.
Selon les glaciations, ces appareils parvenaient plus ou moins loin dans la vallée :
Celui du vallon de la Fauge, au Würm, descendait jusqu'à Villard-de-Lans, alors qu'au Riss, il s'étalait plus largement dans la vallée.
Mais lors des glaciations antérieures - Grotte Vallier et La Molière - ce glacier rejoignait la grande nappe de glace qui remplissait les vallées du Vercors.

Sur chacune des rives du vallon de la Fauge se sont alors formés des épaulements, dont certains ont subsisté jusqu'à nos jours.
Vers le bas du vallon, leur altitude permet bien de les rattacher à l'une ou l'autre de ces glaciers.
Mais la limite est moins nette vers l'amont, de sorte qu'il est difficile de savoir où se rencontraient ces deux appareils.

Seule l'observation sur le terrain peut nous fournir la réponse.

Une carte permettra de situer les lieux.
Le repère 1
et 2 se rapportent à des glaciers locaux, le glacier 2 occupant le versant nord de la Grande Moucherolle ainsi que la partie supérieure du vallon de la Fauge.
Le repère
3 montre le flux de glaces provenant du glacier de l'Isère par la vallée du Furon et également - lors de la glaciation La Molière - par les crêtes dominant Autrans.

Où se rencontraient
ces deux glaciers ?

Remarquons tout d'abord l'existence et la position d'un plan d'épaulement.

Voici ce plan d'épaulement du vallon de la Fauge

Nous sommes ici au-dessus du télécabine de Villard-de-Lans et nous dominons le vallon de la Fauge.
En face de nous, sur la rive droite du vallon, s'étend un plan d'épaulement créé par le glacier nord de la Grande Moucherolle et qu'aucun ravin en provenance des falaises sommitales n'a découpé en épaulements séparés. Ce plan d'épaulement, couvert de maigres prairies, est parcouru par le sentier qui mène au Pas de l'Œille.

Sa surface, inclinée vers nous, est soutenue par un lapiaz blanchâtre qui domine le talweg du vallon de la Fauge. Son sommet s'abaisse de droite (sud) à gauche, de 1900 m à 1620 m.


Au centre de la photo un épaulement, bien individualisé, est séparé du plan d'épaulement par la Combe Charbonniere.

L'opposition est très nette entre le plan d'épaulement
- dont l'extrémité apparaît à droite - et les pentes qui lui font suite vers le nord, tant en ce qui concerne les formes que le couvert végétal :
- Au sud de Combe Charbonnniere
(c'est-à-dire à sa droite sur la photo), lapiaz et végétation rabougrie.
- Au nord, par contre, bois et prairies dénotent un sol plus riche, donc de composition différente.

Pentes et natures de sols différentes montrent donc qu'au pléniglaciaire, c'est à Combe Charbonnière que le glacier de la
Fauge rejoignait le glacier général du Vercors, auquel il s'affrontait.

Ces différences dans la végétation reflètent bien celles des dépôts :
- de composition variée dans le cas de ceux provenant de l'Isère
- uniquement calcaires pour ceux de la
Fauge.

Les eaux
latérales de ces deux glaciers - celles de la rive gauche du glacier général du Vercors et celles de la rive droite de celui
de la Grande Moucherolle - se rassemblaient à la jonction des deux glaciers. Nous pensons donc que ce sont ces eaux qui ont creusé cette combe et que Combe Charbonnière doit son relief remarquable à l'afflux d'eau provoqué par la rencontre frontale des deux glaciers. C'est un ravin d'affrontement.


Le sommet de cet épaulement cote 1665 m, ce qui met la surface du glacier à 1715 m environ.

C'est le dernier témoin vers le sud du glacier interne du Vercors de la glaciation la Molière, les témoins suivants étant imputables
aux glaciers de la Grande Moucherolle.

On retrouvera cet épaulement témoin cité dans le tableau B sous l'appellation B16.



Nous venons de le voir, au même titre que les épaulements, les plans d'épaulement peuvent être utilisés pour déterminer l'altitude des glaciers qui les ont créés.

Un bon exemple est celui donné par celui de la
Grande Pierrière, en Beaufortain (Savoie), dans le voisinage du Col du Joly.
Il permet de constater que son géniteur s'élevait à 2350 m à son extrémité supérieure et, par voie de conséquence, que ses glaces provenaient en majorité du versant sud du massif du
Mont Blanc par le col de la Seigne.
Au même endroit, le glacier de la glaciation maximum
cotait 2450 à 2500 m.


Dimensions des plans d'épaulement


Leurs dimensions sont très variées. Nous citerons celui des Aigaux (longueur 4000 m), vu ci-dessus ou encore celui de la Grande Pierriére, long de 3500 m. Mais aussi celui de la Buffe (Isère) qui ne dépasse pas 150 m.


Plans d'épaulement et terrasses glaciaires

Il ne faut pas confondre les deux formes de relief.
Les plans d'épaulements sont des formes d'érosion, alors que les terrasses sont des formes de dépôts.

Pour les distinguer, on peut utiliser le fait que les plans d'épaulement présentent toujours une pente transversale dirigée vers le talweg, contrairement aux terrasses.

La distinction entre les deux formes de relief est primordiale. En effet, pour qu'un plan d'épaulement puisse se former, il faut qu'il soit recouvert par une épaisseur de glace suffisante (quelques dizaines de mètres), soit que l'on attribue leur formation à l'érosion par la glace soit que, ainsi que nous le pensons, ce sont les eaux glaciaires qui en sont responsables en grande partie.
Les terrasses, elles, sont sensiblement au niveau de la surface du glacier.

L'utilisation de l'une de ces deux formes de relief pour déterminer le niveau du glacier demande donc que l'on détermine à quel type elle appartient.
On remarquera toutefois qu'en montagne, pour peu qu'il s'agisse d'une glaciation un peu ancienne, les formes de dépôt ont été démantelées par l'érosion.

Nous n'avons à ce jour trouvé que peu d'exemples de plans d'épaulement.
On peut imputer cette relative rareté au fait qu'il est peu fréquent que les plans d'épaulement n'aient pas été tronçonnés par des vallons issus des pentes sommitales, ce qui aurait entraîné leur fragmentation en une série d'épaulements.