LES ENSEIGNEMENTS DU NERON
LES GLACIERS DU VERSANT SUD DE LA CHARTREUSE

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Voir la tectonique du Néron :
http://www.geol-alp.com/chartreuse/0_index_chartreuse.html
puis Liste alphabétique des pages

Situons tout d'abord les lieux, c'est à dire la partie ouest de l'ombilic grenoblois.

SITUATION DU NERON DANS L'OMBILIC GRENOBLOIS

Sentinelle avancée du massif de la Chartreuse vers le sud, le Néron constitue la porte de la cluse de Voreppe par laquelle les glaces de l'Isère s'échappaient de l'ombilic de Grenoble.

Il joue le rôle d'un de ces jalons que la DDE plante en hiver sur le bord des routes de montagne et qui indiquent l'épaisseur de neige.
Ici, c'est le passage des glaciers qui a laissé sur cette montagne des traces particulièrement visibles.



Voici donc le Néron, le "noiraud ", car couvert jadis d'une sombre végétation. L'ossature de la montagne, dégagée des broussailles par les incendies récents
, se montre à présent dans toute la blancheur de son Urgonien.
Du sommet (1298 m), l'arête sud s'étire tout d'abord,
sur plus d'un kilomètre, rectiligne et en légére pente. Puis, vers 1100 m, elle plonge en direction de l'Isère.
Son aspect change alors du tout au tout : alors que la crête sommitale était effilée, coupante, en dessous de cette altitude de 1100 m, l'arête prend une forme arrondie, émoussée.

 



Ce changement d'aspect aux environs de 1100 m est plus visible encore sur cette photo.

 

 
Cette photo du Néron, prise des environs de Grenoble, précise mieux la forme de l'arête sud que les précédentes, prises depuis Saint Nizier, à peu près dans le prolongement de celle-ci.
On voit que l'arête présente deux épaulements :
- l'un vers 1100 m, sommet de la partie émoussée de l'arête.
- l'autre, beaucoup plus marqué, sensiblement horizontal, de 1007 à 1020 m.

Comment ces points remarquables se placaient-ils par rapport au glacier würmien ?
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LE GLACIER WÜRMIEN

 

Sur cette carte des environs du Néron sont figurées les courbes de niveau du glacier würmien. Les flèches indiquent le sens d'écoulement des glaces dans les vallées.
On reconnaît en particulier la diffluence du glacier de l'Isère par le col de Vence, qui, grossie au passage par des glaciers locaux, rejoignait son glacier d'origine vers Saint Egréve .


Dans la vallée du col de Clémenciéres, qui sépare le Néron du Mont Rachais, l'altitude du glacier variait de 1050 à 1100 m.
Or nous avons indiqué ailleurs dans ce site que les glaciers dépassaient d'une cinquantaine de mètres le sommet des épaulements.


On peut vérifier que c'est bien le cas ici pour l'épaulement 1007 m.

On sait que nous attribuons la formation des épaulements à l'action des eaux glaciaires latérales qui coulaient 100 à 150 m sous la surface.

Leur responsabilité dans la formation de cet épaulement nous paraît donc très probable, d'autant plus que cette zone voyait passer la majorité des eaux glaciaires du glacier de l'Isère, une grande partie des eaux de la rive gauche étant repoussées vers la rive droite, au travers de l'ombilic grenoblois, par l'afflux des glaces de la Romanche.

Mais, si notre hypothése est exacte, ces ecoulements ont dû laisser des traces dans la face ouest du Néron.
Or c'est bien le cas, ainsi que le montre la page Les ravines du Néron.

Ceci constitue une confirmation supplémentaire de nos hypothèses, mais n'apporte pas vraiment d'éléments nouveaux.
Il n'en est pas de même lorsqu'on considère la situation pendant la glaciation rissienne .


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LE GLACIER RISSIEN

Voici à présent le tracé des glaciers rissiens dans la partie sud de la Chartreuse.

A l'aplomb du col de Vence, l'altitude de surface du glacier de l'Isère était, nous l'avons vu, de 1360 m et à celui de Saint-Egreve de 1220 m.
Entre ces deux valeurs, nous avons déterminé les cotes de surface du glacier à l'intérieur de la Chartreuse, par interpolation, avec une correction tenant compte de la largeur et de la profondeur des vallées ; les cotes de surface indiquées par la figure dans cette zone ne sont donc qu'approximatives et peuvent être entachées d'une erreur qui nous semble toutefois devoir ètre inférieure à 20 m (en plus ou en moins).

Si cette figure est nécessaire pour comprendre la marche des glaciers, la réalité, illustrée par la figure suivante, se présentait de façon quelque peu différente !

Pratiquement tout le sud du massif était noyé sous les glaces.
Seuls les principaux sommets émergeaient : Chamechaude, et la Pinéa .

Qu'en était-il du Néron ?

Ce dessin à l'échelle montre celui-ci vu de l'est et la surface du glacier telle qu'elle résulte des valeurs d'altitude ci-dessus. On voit que l'imprécision dans la définition de l'altitude de la surface du glacier ne permet pas de savoir si, au maximum de la glaciation, le sommet émergeait ou non.

Mais l'examen du versant ouest de la montagne, résumé à la page Les ravines du Néron montre que le sommet a bien été surmonté par le glacier.
Par contre, on peut affirmer que les roches moutonnées qui culminent à 1100 m sont, de même que l'épaulement 1007m,d'origine würmienne comme le montre d'ailleurs la fraîcheur de leurs formes - .


L'analogie avec le Saint Eynard est frappante !
Pourtant, l'orientation des deux montagnes n'est pas la même et, surtout, les roches y sont différentes : Tithonique au Saint Eynard, Urgonien au Néron.
Ceci confirme que, dans un cas comme dans l'autre, ce sont bien les actions glaciaires qui ont essentiellement modelé ces deux sommets.

La ligne bleue reliant le sommet du Saint Eynard à celui du Néron représente la surface du glacier rissien. Un effet de perspective semble la faire descendre de l'aval vers l'amont alors que, bien entendu, la réalité était inverse.


Plus en aval, peut-on visualiser encore la surface du glacier ?

Trois kilomètres en aval du Néron, l'arête des Rochers de l'Eglise, ascendante depuis la plaine de l'Isère vers les Rochers de Chalves, porte un épaulement, long de 800 m, entre les altitudes 1260 et 1280 m.
L'altitude de la surface du glacier rissien, supérieure de 50 m au sommet d'épaulement, devait donc être voisine de 1330 m, valeur parfaitement compatible avec celles qui figurent sur le croquis ci-dessus.
Plus haut sur cette arête, un gigantesque tassement de versant l'a amputé, sur 2000 m de longueur, de son Urgonien, que l'on retrouve 300 m plus bas, immobilisé dans la pente qui domine Pomaray.


CONCLUSION

L'examen du Néron nous paraît mettre en évidence le rôle important joué par l'érosion glaciaire dans la formation du relief.

Il nous semble possible de répéter ce que nous disions au sujet du Saint Eynard "Pour que l'arête sommitale du Saint Eynard - et, à un moindre degré, celle du Néron - soit à la fois située dans une même strate et dans le plan de surface du glacier, il faut que l'action glaciaire ait exercé, non seulement un "rabotage" de cette arête, mais encore soit responsable de de sa situation en plan.