CIRCULATION DES GLACES DANS LA REGION DE GAP

UN VERSANT D'EROSION GLACIAIRE IMPREVU :

CLOT LA CIME (DURANCE)

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Il n'est pas courant d'associer Alpes du Sud et glaciations. Pourtant, la vallée de la Durance a vu passer, lors des glaciations quaternaires, un des plus grands glaciers des Alpes occidentales. La longueur du glacier durancien würmien (140 km) ne le cédait que de peu à celle de l'Isère (200 km).

Rendons-nous tout d'abord au barrage de Serre-Ponçon pour y observer un versant d'érosion glaciaire comparable à ceux que nous avons décrit à la page les versants d'érosion glaciaires. Que nous soyons partis de Remollon, de Chorges ou de la vallée de l'Ubaye, nous ne pourrons ignorer en effet le versant d'érosion qui marque la face nord de Clot la Cime
Ce sommet, qui cote 1594 m, se dresse, tel un jalon, au-dessus des dépôts glaciaires des plateaux environnants qui atteignent péniblement 1000 m (la Brèole est à 930 m).
Il s'agit bien d'un jalon, que nous allons utiliser pour connaître le niveau du glacier würmien.

Mais vérifions tout d'abord qu'il s'agit bien là d'un versant d'érosion glaciaire et pour cela rappelons-nous les trois critères qui caractérisent ce type de relief que le lecteur pourra retrouver à la page les versants d'érosion glaciaires:

- absence, au-dessus du versant d'érosion, de bassin d'alimentation susceptible d'avoir collecté les eaux météoriques
- situation du versant d'érosion en face du débouché d'une vallée affluente
Les deux photos suivantes, de même que la premiére image Google Earth ci dessous, permettent de vérifier facilement que le premier critère est bien rempli. La carte qui fait suite montre bien que le glacier principal, celui de la Durance, recevait ici l'appoint des glaces de l'Ubaye.

L'extrémité aval du lac de Serre-Ponçon et Clot la cime vus du col de la Gardette (sur Chorges) ....
..... et un détail du versant d'érosion.

L'image Google Earth suivante est prise sensiblement sous le même angle que les photos ci-dessus.

Reste le troisième critère :
- altitude du sommet du versant d'érosion voisine de celle de la surface du glacier.

Pour cela, considérons la page altitude atteinte par le glacier de la Durance, qui donne pour un certain nombre de sites caractéristiques, l'altitude de la surface du pléniglaciaire würmien. On retiendra en particulier ici les sites repérés D15, D16 et D17.
Le site de Combe Longe, repéré D16, est sans doute le plus connu, car il s'agit du sommet des dépôts glaciaires dans lesquels sont entaillées les magnifiques cheminées de fées de la Salle du Bal des Demoiselles Coiffées.
La carte géologique Chorges au 1/50 000 montre que ces dépôts très importants s'élèvent jusqu'à la cote1500. Des dépôts plus élevés sont également figurés dans la face nord du Mont Colombis, jusqu'au sommet de celui-ci, mais l'exposition en face nord indique qu'il doit s'agir d'un dépôt glaciaire local alors que la masse énorme des dépôts qui abritent les Demoiselles Coiffées exclut cette hypothèse pour le site de Combe Longe.

L'altitude du glacier déduite de l'examen de ces trois sites est parfaitement compatible avec les résultats qui figurent sur la page altitude atteinte par le glacier de la Durance en particulier avec la courbe déduite de la formule de Nye- Lliboutry. En particulier, les dépôts de Combe Longe montrent que les glaces, au maximum du Würm, recouvraient la totalité du massif du Mont Colombis (Dôme de Remollon), à l'exception du sommet lui-même du Mont Colombis.

Mais en début et en fin de glaciation, lorsque la surface des glaciers s'établissait quelques centaines de mètres plus bas qu'au pléniglaciaire, la situation était la suivante :
Parvenu à l'extrémité aval de l'actuel lac de Serre-Ponçon -- disons à la chapelle Saint-Michel -- le glacier da la Durance se divisait en deux branches :

-- la première suivait le sillon de Gap en décrivant une ample courbe (flèches numérotées 2 sur la carte)
-- la seconde (flèches 3) passait à Remollon en empruntant le lit de l'actuelle Durance.

Les deux flots de glace se rejoignaient dans les environs de Tallard.
Au pléniglaciaire würmien, nous l'avons dit plus haut, la presque totalité du massif du Mont Colombie se trouvait sous les glaces.
U n glacier d'une taille exceptionnelle s'étendait donc alors, sur une largeur de 25 km du seuil Bayard jusqu'à Turriers et Seyne - les - Alpes.

La vallée de la Durance est plus étroite que le sillon de Gap (1,5 à 2 km contre 8) et les effets de paroi s'y faisaient sentir, majorant la pente de surface du glacier par rapport à ce qu'indiquerait la formule.
Nous avons donc utilisé, pour appliquer celle-ci, les distances mesurées en suivant le sillon de Gap et non la vallée elle-même de la Durance, ainsi que nous y autorisent d'ailleurs les recoupements que l'on peut effectuer avec l'altitude des sites caractéristiques situés plus en amont.
Plus de détails à la page
Altitude atteinte par le glacier de la Durance
La carte suivante traduit ces différentes remarques. On y voit en particulier qu'au pléniglaciaire würmien, l'altitude du glacier dépassait de quelques dizaines de mètres celle du sommet du Clot la Cime.
Le troisième critère étant donc rempli, nous sommes en droit de considérer qu'il s'agit là -- bien loin de ceux de la vallée de Bourg d'Oisans ou de Culoz -- d'un versant d'érosion glaciaire et non d'un nunatak.