EFFICACITES COMPAREES DES EROSIONS GLACIAIRE ET FLUVIALE

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Les mécanismes de l'érosion glaciaire sont encore relativement mal connus, en particulier son intensité.
Trois écoles se sont affrontées dans ce domaine, les ultra-glacialistes, les anti-glacialistes et les transactionnels.
"Les ultra-glacialistes font de la glace le plus actif des agents d'érosion : la glace peut creuser profondément et indépendamment de la topographie préglaciaire .
Les anti-glacialistes admettent que les glaciers protègent le relief qu'il recouvre. Tout au plus les débris superficiels sont-ils transportés.
Les transactionnels admettent que le glacier peut creuser, mais qu'il ne peut pas aménager une topographie en faisant table rase de la surface préglaciaire." (M.DERRUAU)

Un exemple d'érosion glaciaire vue par un transactionnel :
La Yosemite Valley (USA), avant (à gauche) et après (à droite) le passage des glaciers.
d'après Matthes, 1930
dans M.Campy et J.J.Macaire, (Géologie des formations superficielles)

Il s'agit bien ici d'une interprétation transactionnelle du relief .
On peut certes voir en effet sur ces figures
l'importance de l'érosion glaciaire qui a transformé une vallée en V en vallée en auge.
Mais on remarque également que le relief des zones supérieures du paysage, hérité de la surface préglaciaire, n'a pas été sensiblement modifié par le passage des glaciers.


L'examen des formes des vallées glaciaires actuelles nous a conduit à adopter une position intermédiaire entre celle des ultra-glacialistes et celle des transactionnels.
  Rappelons d'abord que nous avions dit, à la page « Les formes d'ablation majeures » de la version du 20 mars 2002 de ce site :

"On voit d'autre part qu'une forme typiquement glaciaire, le gradin de confluence, a systématiquement oblitéré les formes torrentielles ( gorges ) préexistantes sur les versants et a pu résister aux érosions postglaciaires.
Ceci nous paraît démontrer la prééminence - tout au moins dans les vallées alpines - de l'érosion glaciaire sur l'érosion torrentielle"

Si, en effet, les vallées alpines avaient été façonnées essentiellement par l'érosion fluviale (ou torrentielle), le talweg d'une vallée affluente rejoindrait sans rupture de niveau celui de la vallée principale ; l'érosion glaciaire n'aurait apporté que de faibles retouches à ce modelé.
Or, toutes les vallées alpines présentent de hauts gradins de confluence (voir en particulier celle du Vénéon), dans lesquels l'érosion fluviale interglaciaire s'est bornée à creuser des gorges de raccordement de petites dimensions.

Ceci nous paraît bien montrer la suprématie de l'érosion glaciaire dans la formation des vallées alpines.

Il est plus difficile, par contre, d'estimer son importance dans le façonnement des parties supérieures des reliefs, au-dessus des épaulements.

Certes, une grande partie de celles-ci se présentent, dans les Alpes , sous la forme de surfaces reliques (Chamrousse, plateau des lacs du Taillefer (Isère) par exemple). Mais qui peut dire quelle était l'épaisseur des terrains sédimentaires qui recouvraient ces surfaces avant les glaciations quaternaires ?

Nous serons donc très prudents dans ce domaine, tout en maintenant que l'érosion glaciaire était la plus efficace dans les vallées elles-mêmes.

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Une étude toute récente, portant sur le rôle joué par les glaciers dans la formation du relief de la chaîne des Coast Moutains (British Columbia, Canada), vient d'apporter de l'eau à notre moulin.
Cette étude a fait l'objet d'un article dans la revue Sciences, sous la signature de D. Shuster et al.

On trouvera la référence de cet article en Bibliographie et un court résumé à la page Thermochronométrie par les isotopes de l'hélium et application à la mesure de la vitesse de l'érosion glaciaire

Nous nous bornerons ici à en citer la conclusion principale, en reprenant les termes d'une note parue dans La Recherche N° 394 de février 2006 :

« l'étude a montré que la vitesse de creusement de la vallée avait été multipliée par six à compter du moment où le glacier s'est mis en place, il y a 1,8 millions d'années ».