L'ECHINE DE PRAOUAT

78
Ici le schéma nous paraît avoir été le suivant :
Les glaciers qui descendaient le versant est des Grandes Rousses venaient se heurter à l'Échine de Praouat.
Ils la franchissaient, mais sous une faible épaisseur de glace, comme le montre par la présence sur l'arête de plusieurs lambeaux de moraine, que leur état de conservation permet de dater d'une glaciation plus ancienne que le Würm donc vraisemblablement rissienne.
Les eaux glaciaires, qui coulaient à une centaine de mètres sous la surface du glacier, selon le trajet jalonné de flèches jaunes ne pouvaient donc franchir l'Échine. Ce sont elles qui ont creusé les versants d'érosion 1 et 2.

Quant au glacier qui descendait en face du versant d'érosion 3, il surmontait largement l'Échine, moins élevée à cet endroit et les eaux de fonte pouvaient alors, tout au moins au maximum glaciaire, franchir la crête et marquer leur empreinte jusqu'à son sommet.



L'étude du cas où un glacier surmontait un obstacle qui s'opposait à sa progression va nous conduire à un résultat surprenant : on pourrait s'attendre en effet à ce que l'érosion atteigne le sommet de l'obstacle. Ce n'est pourtant pas le cas en général et le versant d'érosion culmine quelques dizaines de mètres plus bas.

Les exemples en sont nombreux. Outre les versants d'érosion d'Oulle et d'Ornon que nous venons d'étudier, nous relèverons deux cas bien caractéristiques :

 

L'ECHINE DE PRAOUAT

(Vallée de la Romanche, Isère)
La photo montre très clairement que l'érosion ne s'étend pas jusqu'à la crête, le sommet des ravinements se situe une quarantaine de mètres plus bas, sauf pour le versant d'érosion 3 (non visible sur la photo), nous verrons plus loin pourquoi.

De plus, depuis la fonte des glaciers rissiens, ces versants ont été attaquées par l'érosion interglaciaire et postglaciaire.

Il est donc certain que, lors de leur formation, les versants d'érosion culminaient plus bas encore sous la crête.

Il n'est évidemment pas possible de donner de chiffre précis, mais une valeur d'une centaine de mètres nous paraît un ordre de grandeur acceptable pour une période de l'ordre d'une centaine de milliers d'années.
Quant à leur affectation au Riss, elle résulte du fait que les reliquats de terrains morainiques visibles sur l'Échine sont visiblement plus anciens que le Würm.

Il est intéressant de noter que des érosions de versants identiques, tant en forme qu'en altitude, existent en Savoie, sur une échine analogue à celle de Praouat, de l'autre coté du col de la Valette, celle qui porte le Crêt d'Ornon.


L'ECHINE DU CRET D'ORNON

(Savoie)
Ici également, on peut remarquer que les érosions de versant culminent à une vingtaine de mètres sous la crête. Les deux érosions les plus marquées, à gauche de la photo, se situent en face du débouché de la branche du glacier de Saint Sorlin qui empruntait le col Nord des Lacs et le ravin du Rieu Blanc.