..... ET QUE SE PASSAIT-T-IL EN BIEVRE-VALLOIRE PENDANT LE RISS ?
Les cartes de Pierre Mandier, confortant le tracé figurant sur la carte géologique Lyon au 1 / 250 000, indiquent que le vallum frontal rissien du glacier de l'Isère se situait 4 km à l'est de Beaurepaire.
A partir de ce vallum, il est de fait que l'application de la formule de Nye-Lliboutry conduit à un glacier d'altitude trop importante, débordant sur le plateau des Chambaran et présentant des valeurs d'altitude trop élevées en amont de Voreppe.
Ici également, il nous semble qu'intervient un effet d'étalement, encore plus marqué que pour le glacier würmien, car la largeur en surface du glacier rissien passait de 6 km environ à Voreppe à plus de 30 km en fin de parcours.
Le fleuve de glace s'étalait alors en lobe qui occupait le maximum d'espace disponible dans la plaine de piémont.
La formule ne pouvant être utilisée ici - car nous ne sommes pas en mesure de chiffrer par le calcul l'effet d'étalement - il faut donc, pour déterminer l'altitude de la surface du glacier en Bièvre-Valloire, utiliser comme modèle un glacier actuel de caractéristiques sensiblement identiques.
Les Alpes n'en fournissant, bien évidemment, aucun exemple, nous nous sommes tournés vers des massifs plus septentrionaux où existent des glaciers du type alaskien présentant des lobes de grandes dimensions.
Leur étude nous a permis de tracer la carte suivante du glacier rissien de l'Isère.
Pour en savoir plus sur la méthode utilisée, consulter la page
Pour en savoir plus sur les glaciers du Spitzberg, d'Islande et d'Alaska.
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Le tracé des courbes de niveau dans les environs de la Côte-Saint-André traduit la présence du glacier du Rhône, qui confluait, à cet endroit, avec celui de l'Isère.
Il ne faut toutefois pas croire à la présence d'une «marche d'escalier» à la jonction des deux glaciers, leurs surfaces se situant, bien entendu, au même niveau !
Si vous avez le moindre doute, rendez-vous ici pour admirer
le splendide Glacier
Barnard (Alaska).
Nous avons fait figurer sur l'image ci-contre le tracé des moraines latérales et médianes du glacier de l'Isère.
Il s'agit là, en effet, d'une information capitale, ainsi que nous aurons l'occasion de le voir plus loin.
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Salvator Dali enfant rêvait de « soulever
la peau de la mer pour voir .... le chien qui dormait dessous
».
Si vous rêvez d'en faire autant avec celle d'un glacier, cliquez ICI
pour voir les dessous du glacier rissien
de l'Isère
FORMATION DE LA BIÈVRE-VALLOIRE
La carte suivante
(document NASA) montre bien la magnifique auge à fond plat de
la Bièvre-Valloire, de largeur
constante et égale à 11 km sur une longueur de 50 km et de profondeur
voisine de 200 m, compte non tenu de l'épaisseur, estimée égalemen
à 200 m, des alluvions qui en garnissent le fond.
L'auge, que ne parcourt aucune rivière
de taille appréciable, se poursuit jusqu'à quelque kilomètres
du Rhône :
- Rive droite de la Valloire, le
flanc d'auge se termine à Anjou
(375 m à La Tour, à 9 km du Rhône).
- Rive gauche, le flanc est bien visible jusqu'à Anneyron
(336 m à La Tour d'Albon, à 5 km
du Rhône).

La forme en auge et la belle régularité de celle-ci montre bien
qu'un ou des glaciers importants sont passés par là et que ici
comme dans l'Est lyonnais, ils
sont parvenus jusqu'au Rhône.
Mais, s'il est indéniable que les glaciers rissien,
puis würmien, ont emprunté la Bièvre
Valloire, est-il possible d'affirmer que l'emplacement
et les caractéristiques de cette vallée sont dus essentiellement
aux actions glaciaires ?
Pour cela, il nous semble nécessaire de préciser l'écoulement
des glaces sur l'ombilic grenoblois,
ainsi que la disposition des principales moraines
latérales et médianes.
On sait que, lorsqu'un glacier de vallée reçoit l'apport d'un
affluent, les glaces des deux appareils ne se mélangent pas
et que leurs moraines latérales
se réunissent pour former une moraine
médiane.
Si vous en doutez, jetez un coup d'oeil sur les magnifiques
glaciers d'Alaska représenté sur
la page confluence
des glaciers et moraines médianes.
Le tracé que nous proposons pour les moraines médianes
dans l'ombilic grenoblois lors
de la glaciation würmienne est
visible à la page les
glaciers de l'ombilic grenoblois
Pour résumer celle-ci, nous pensons que les glaces
de l'Isère gardaient leur indépendance
par rapport à celles de la Romanche
et qu' une moraine médiane soulignait
leur contact, moraine médiane qui
venait s'appuyer sur le Plateau de Chambaran,
Toutefois, cette hypothèse ne permet pas d'expliquer
l'existence et la situation des deux vallées de la Bièvre
Valloire et de la basse Isère.
Pour tenter de répondre à cette question, remontons encore plus
loin dans le temps, jusqu'à la première glaciation qui se soit
avancée jusqu'au Rhône ou très
près de lui.
La carte suivante schématise le tracé du lobe de cette
glaciation ancienne, dont l'extension exacte en direction
du Rhône nous est inconnue.
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Que la formation Chambaran - Bellevaux
soit un sandur, comme nous
l'envisageons ICI
ou une nappe alluviale, elle
constituait à l'époque un plan incliné vers l'ouest.
Comment peut-on expliquer alors que le glacier
ancien ait creusé préférentiellement les deux vallées
au lieu d'éroder uniformément la surface des dépôts ?
On peut certes supposer que le responsable est le relief
préexistant à l'arrivée du glacier. Mais n'est-ce pas
un aveu d'ignorance ?
Une autre explication nous paraît, elle, conforme avec
ce que l'on peut observer sur les glaciers actuels.
Elle se base sur l'existence des digitations.
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Tous les schémas vus jusqu'à présent se placent en effet au
pléniglaciaire de chaque glaciation,
lors de l'avancée maximum des glaciers.
Mais, on sait que, lors de la décrue qui lui fait suite, les
lobes sont remplacés par des digitations.
Nous renvoyons le lecteur à la page digitations
pour en voir quelques exemples actuels, souvent remarquables.
Certes, ces digitations apparaissent
principalement lors de la décrue glaciaire et leur rôle dans
l'érosion se manifeste surtout à ce moment.
Mais cette décrue ne s'est pas produite uniformément. Les langues
glaciaires ont effectué des va-et-vient et, de ce fait, chaque
tronçon de la vallée a pu être érodé à différentes reprises.
Et les glaciations ont succédé aux glaciations .....
Or l'érosion par les eaux glaciaires s'exerce très
violemment, ainsi que nous l'avons dit ICI
.
En résumé, nous pensons donc que les digitations,
elles-même dues probablement à des différences de caractéristiques
des glaces en provenance des différents glaciers et affluents,
sont l'élément initiateur de la localisation des deux vallées.
Ultérieurement, l'érosion par la glace et par les eaux glaciaires
est venu en amplifier le creusement.
Le régime d'écoulement des eaux glaciaires des anciens glaciers
joue en effet un grand rôle dans la formation des vallées.
Les eaux de fonte d'un glacier s'écoulent, on le sait, de préférence
sous la surface du glacier, contre ses rives et, en fin de parcours
seulement, sur le fond de la vallée.
Les eaux de la rive droite du glacier du Rhône,
repérées (1) sur le croquis ci-dessus,
s'écoulaient donc le long du flanc ouest du Bugey,
à l'emplacement du Rhône actuel.
Celles de la rive gauche du glacier de l'Isère,
repérées (2), coulaient contre
le flanc du Vercors, ce sont elles
qui ont façonné la basse vallée de l'Isère.
Les eaux latérales de la rive gauche du glacier du Rhône
(3) ont creusé la Liers , cependant
que la Bièvre Valloire était calibrée
par celles de la rive droite de l'appareil de l'Isère.
Si l'écoulement des eaux a joué un rôle très important, celui
de la glace ne l'a pas été moins.
Les deux agents d'érosion se sont unis pour élargir la Bièvre
Valloire et lui donner son profil d'auge
à fond plat.
Sous l'épais remplissage d'alluvions quaternaires de la Bièvre-Valloire,
se cache un profond canyon.
Son origine glaciaire est vraisemblable, c'est une forme que
l'on trouve en effet très fréquemment dans le fond des vallées
glaciaires où les eaux de fonte creusent de tels canyons peu
avant leur apparition à l'air libre.
Mais il n'est pas exclu qu'il puisse s'agir d'un legs du Messinien,
époque où la baisse de niveau de la Méditerranée
a encaissé les fleuves côtiers au fond de profondes gorges.
Peut-on envisager la conjonction de ces deux facteurs ? Il ne
nous est pas possible de répondre à cette question.
Passé le maximum de cette glaciation ancienne,
les glaciers reculent.
Lorsqu'ils ont suffisamment diminué pour ne plus apparaître
aux débouchés de leurs vallées alpines, le régime d'écoulement
des eaux change : la totalité de celles du glacier de l'Isère
empruntent la basse vallée actuelle, le seuil
de Rives s'opposant à la poursuite de leur pénétration
en Bièvre-Valloire.
L'ossature en molasse de ce seuil
domine en effet de plus de 100 m la plaine de l'Isère
et plus encore au cours des glaciations précédentes, avant son
rabotage par les glaciers. Ceci empêche de considérer la Bièvre-Valloire
comme une ancienne vallée du fleuve Isère.
Les écoulements du Rhône agissent
de même dans les plaines de l'Est lyonnais, les collines qui
s'étendent au nord de la Tour-du-Pin
les rejetant contre le flanc du Bugey.
La Bièvre-Valloire devient alors
une vallée morte, ce qui lui permet
de conserver la pureté de sa forme glaciaire, alors que la basse
vallée de l'Isère, parcourue par
un fleuve important, est soumise à l'érosion fluviale.
Cette succession d'événements va se reproduire à chacune des
glaciations suivantes, tout au moins lors de celles assez importantes
pour avoir donné naissance à un lobe
dans la plaine de piémont.
Toutefois les glaciers ne prennent pas pied sur les sites
protégés que constituent ces deux plateaux de Chambaran
et de Bonnevaux, ainsi que le montre
l'absence de dépôts plus récents que les cailloutis
du Chambaran.
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On pourra remarquer que, contrairement à ce qui
se passait durant le Würm, les glaciers
rissiens de l'Isère
et du Rhône confluaient en Bas
Dauphiné.
Il est important toutefois de noter que ceci
n'influe pas sur le traçé de la surface des glaciers à l'amont, qui
ne dépend que des caractéristiques physiques de la glace et de la
position, en plan et en altitude, du vallum
frontal.
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