Il nous semble qu'ils ont été façonnés par
le passage des eaux :
- soit des eaux glaciaires qui circulaient
à 100/150 m sous la surface, lorsque le glacier,
lors du pléniglaciaire,
stationnait sur l'épaulement (ou le col
de diffluence). Le
cas a pu également se produire lors d'un stade de retrait
(cas des ravines du Beaufortain ou de celles
de la face est du Moucherotte).
- soit à l'air libre, par celui
des eaux de fonte du front du glacierstationnant sur l'épaulement au
début du cataglaciaire,
Selon la nature du sol, les écoulements ont alors donné naissance
:
- aux sillons vallonnés et aux sillons
de pente dans le cas des sols meubles (dépôts glaciaires
en particulier)
- aux sillons rocheux dans le cas de sols plus
compétents.
Les ravines pourraient correspondre à
des stationnements du glacier pendant des durées plus limitées.
DISCUSSION
L'origine
des sillons rocheux peut constituer
matière à discussion : on pourrait penser en effet que c'est la
glace - ou plutôt les éléments rocheux qu'elle contenait - qui a
façonné ces petits canyons.
Les cannelures et les roches
moutonnées que l'on rencontre parfois sur leurs flancs montre
effectivement que, dans certains cas, ces sillons
rocheux ont été empruntés par la glace. Nous pensons toutefois
que cela s'est produit à la décrue
glaciaire, lorsque l'épaisseur de glace sur l'épaulement
(ou sur le col de diffluence) est devenue
inférieure à 100 m et que les eaux glaciaires ont
coulé en dessous du rebord d'auge.
Ceci est confirmé par la présence fréquente de petits lacs
et de tourbières dans ces sillons rocheux,
preuve qu'ils n'étaient plus, à ce moment, fréquentés
par des écoulements liquides.
L'exemple des sillons rocheux du Pas
d'Anna Falque (Hautes-Alpes) montre au contraire le cas de
sillons rocheux empruntés par les eaux.
Par ailleurs, l'analogie de forme des bourrelets
qui s'élévent entre les sillons
vallonnés avec des drumlins
peut laisser penser qu'ils pourraient, comme ces derniers, être
dus à des perturbations dans l'écoulement de la glace au passage
d’un épaulement ou d'un col.
Toutefois, si leur forme se rapproche effectivement de celle des
drumlins, leurs situations dans les
vallées sont nettement différentes:
- Les drumlins se rencontrent sur
le fond de la vallée et sont en général considérés comme un épaississement
local de la moraine de fond.
- Les bourrelets, par contre, se
situent près de la surface du glacier, très loin de cette moraine
de fond.
ESSAI DE CHRONOLOGIE
Plaçons-nous sur un épaulement,
au maximum d'une glaciation
La surface du glacier se situe alors, nous l'avons dit, à quelques
dizaines de mètres au-dessus des sommets d'épaulements
(SE). On observe fréquemment, en effet, sur les ressauts
plus inclinés qui dominent ceux-ci, des stries
ou des roches moutonnées, fait confirmé
d'ailleurs par les observations de chercheurs suisses.
À ce moment, l'épaulement est noyé
sous la glace et aucun dépôt ne peut s'y produire. Quant aux éventuels
dépôts sur les pentes dominant l'épaulement, ils ont été
ultérieurement emportés par l'érosion postglaciaire,
trés active sur ces pentes raides.
Les eaux glaciaires qui s'écoulent sous la surface sont en
contact avec les roches de l'épaulement
et peuvent y creuser des sillons rocheux.
Puis le niveau du glacier s'abaisse. Au cours du stade
de repli qui suit, le glacier se termine par un petit front
glaciaire sur l'épaulement et dépose sur celui-ci,
ainsi que sur son flanc aval,, si la pente du terrain n'y est pas
trop importante, des éléments morainiques. Ceux-ci
sont modelés par les eaux de fonte de ce petit front
glaciaire ainsi que par d'autres écoulements provenant de
la fonte des névés latéraux et de petits torrents estivaux. Des
sillons vallonnés et de pente
prennent naissance.
Enfin, le niveau du glacier atteint celui du rebord
d'auge puis continue à s'abaisser pendant le cataglaciaire.
Ce scénario nous paraît susceptible d'expliquer la
formation des sillons marginaux d'épaulement
et de pente.
Les mêmes phénomènes peuvent se rencontrer au franchissement d'un
col de diffluence, donnant naissance
cette fois aux sillons de diffluence.
Ce mode de formation est finalement assez voisin de celui qui a donné
naissance aux chenaux radiaux des moraines
de l'avant-pays alpin.
Un chenal radial creusé dans la moraine
frontale d'un stade de repli du glacier de l'Isère,
dans les environs de Voiron (Isère).
La flèche indique le sens de circulation des eaux
de fonte.