LA GROTTE VALLIER
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Lorsque les glaciers sont installés sur des roches calcaires, leurs eaux de fonte, froides et acides, entraînent fréquemment la formation de lapiaz dans les zones peu inclinées, tels les fonds de cirque.
Le rebord nord du Vercors (gouffre Berger ), l'Oucane de Chabrières ( vallée de la Durance ), le Désert de Platé en constituent de bons exemples.

Parfois aussi, les eaux latérales peuvent être déviées vers une vallée voisine à travers un réseau souterrain qui s’ouvre sur le flanc de la vallée.
C'est le cas de la grotte Vallier, au dessus de Grenoble, de la grotte des Sarrasins, également au dessus de Grenoble, ou encore de la grotte de Niaux dans les Pyrénées ariégeoises.



La grotte Vallier, s'ouvre au-dessus de Grenoble, à 1520 m d'altitude sur le versant est du Moucherotte (Vercors).
La grotte a été empruntée et creusée, au moins partiellement, par les eaux latérales d’un glacier de l’Isère très ancien.
En effet, on trouve dans le plancher de son porche d'entrée des
galets de roches cristallines, provenant du bassin d'alimentation glaciaire de l'Isère, tel celui-ci, à la forme typiquement glaciaire..
La datation a été effectuée par mesures paléomagnétiques sur les sédiments et concrétions de la grotte.
La méthode de datation des roches par étude de leur magnétisme permet , en effet, de situer l'époque de leur formation par rapport aux inversions du magnétisme terrestre.
Dans le cas de la grotte Vallier, on a pu déterminer seulement - une détermination exacte étant impossible - que la formation des concrétions était antérieure à l'inversion Matuyama / Brunhes, datée de - 780 000 ans. La grotte n'a donc plus été empruntée par les eaux depuis cette époque, sinon ces concrétions auraient été détruites.
Cette glaciation ancienne s'est donc déroulée il y a plus de 780 000 ans.
Elle a atteint un niveau au moins égal à 1520 m, bien supérieur à ceux du Würm (1150 m environ) et du Riss (1300 m environ).

Taille du galet : 30 cm environ.


UNE SUGGESTION


Parmi les diverses méthodes de radio chronologie, celle qui utilise le rapport entre l'uranium et le plomb nous paraît pouvoir être employée pour déterminer puis exactement l'âge des concrétions de la grotte Vallier.
Jusqu'à présent utilisée principalement sur les météorites. on a pu l'employer récemment sur des concrétions carbonatées, par exemple pour dater l'australopithèque Little Foot (Science, 8 décembre 2006).

Il nous semble donc qu'une datation effectuée sur ces concrétions
à l'aide de cette méthode serait d'un grand intérêt, car elle permettrait de connaître avec plus de précision l'âge de cette glaciation ancienne.



Formation de la grotte Vallier
Évolution anté-pléistocène.
Le système karstique du Moucherotte se structure en direction du niveau de base que constitue le val d'Engins.
L'enfoncement de la vallée de l'Isère entraîne le recul de l'escarpement oriental du Vercors et la réduction du bassin d'alimentation karstique.
Les réseaux karstiques sont progressivement tronqués par le recul de l'escarpement, ce qui explique leur ouverture en pleine falaise. Pareil phénomène se rencontre d'ailleurs très fréquemment dans les massifs calcaires.
Lorsque, au Pléistocène, les glaciers envahissent à plusieurs reprises les vallées alpines, les eaux latérales du glacier de l'Isère se sont écoulées dans la grotte Vallier, qu'elles ont donc contribué à creuser.

d'après J.J.Delannoy ( AFEQ )
1 = Molasses miocénes ....- 2 = Calcaires du Crétacé supérieur----3 = Calcaires urgoniens
4 = Marnes hauteriviennes . 5 = Réseau souterrain et son exutoire ... 6 = Glacier


A titre d'information complémentaire, voici le tracé des glaciers würmiens au dessus de la cuvette grenobloise.


Lors de la glaciation très ancienne évoquée ci-dessus, la surface des glaciers se situait environ 300 m au dessus de la surface würmienne, différence à peine visible à l'échelle de la carte ci-contre.

On peut penser que le cheminement des eaux de fonte dans cette zone différait relativement peu, lors de cette glaciation très ancienne, de celui représenté sur la carte pour le Würm.


QUELQUES PRECISIONS COMPLEMENTAIRES

La grotte Vallier a donc été empruntée, lors d'un épisode glaciaire très ancien, par les eaux de fonte latérales du glacier de l'Isère, qui y ont déposé un matériel cristallin allochtone [Audra, 1991].
Les datations effectuées par paléomagnétisme sur les sédiments formant le plancher de la grotte ont fourni un âge supérieur à 780 000 ans, date de l'inversion Brunhes-Matuyama [Audra & Rochette, 1993].
La dernière phase de creusement de la grotte date donc d'un épisode froid du pléistocène ancien ou du pliocène supérieur.
Mais sur une durée aussi longue, l'hypothèse de mouvements orogéniques n'est pas à exclure.

Voir à ce sujet la page effet des mouvements orogéniques et du rebond isostasique

On peut remarquer toutefois que les eaux n'ont pas envahi la grotte pendant le Mindel, sinon les sédiments constituant le plancher auraient été emportés.
L'orifice de la grotte se trouvait donc, au pléniglaciaire mindelien (antérieur à 400 000 ans), à une altitude supérieure ou égale à 1380 m, cote atteinte alors par le glacier de l'Isère
à cet endroit [G.Monjuvent, 1978].
Le soulèvement de cette partie du Vercors a donc été inférieur ou égal à 140 m en un laps de temps supérieur ou égal à 400 000 ans, soit à une vitesse moyenne d'élévation inférieure ou égale à 0,35 mm par an.

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7 kilomètres au sud de la grotte Vallier, l'arête sud-est du Pic Saint Michel présente trois épaulements, bien visibles sur la carte au 1/25000 et dont les sommets cotent :
1 - 1280 m au Pré du Four
2 - 1360 m
3 - 1460 m



On sait que, selon nous, on obtient approximativement la cote de surface du glacier responsable d'un épaulement en ajoutant 50 m à celle du sommet de celui-ci.
Dans le présent cas, la cote de surface du glacier serait donc voisine de 1510 m, c'est-à-dire très sensiblement celle du glacier ancien dont les eaux ont emprunté la grotte Vallier.
La faible distance qui sépare la grotte de cet épaulement a dû entraîner des effets peu différents de l'orogénie et de l'isostasie pour ces deux sites..

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Dans le même secteur du Vercors que la grotte Vallier, mais beaucoup plus bas que celle-ci, la grotte des Sarrazins, qui s'ouvre à 630 m environ au-dessus de Seyssinet-Pariset (Isère) a également été parcourue par les eaux du glacier würmien, au cours sans doute d'un stade de retrait.

Voir également la page les sillons de Seyssinet-Pariset