LA DIFFLUENCE RISSIENNE DE SAINT-NIZIER-DU-MOUCHEROTTE (Isère)

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La diffluence würmienne est étudiée à la page Diffluence würmienne de Saint-Nizier.

L'étude de G. Monjuvent ne fait toutefois pas mention du glacier rissien.
Est-il possible de retrouver dans les paysages des traces du passage de celui-ci ?

Les environs de Saint-Nizier présentent trois formes de relief caractéristiques qui nous paraissent toutes trois imputables au passage du glacier rissien :
La premiére de ces formes de relief caractéristiques est, en haut de la Combe de la Jaille, un beau vallum frontal - tracé en tireté rouge sur la photo ci-contre - dont la crête s'incurve, de la Croix Ferrée (1158 m) jusqu'à la colonie de vacances près de La Tour (1159 m).
La Combe de la Jaille échancre largement ce vallum en son centre, signe d'un écoulement d'eau important, qui ne saurait provenir du minuscule bassin d'alimentation.

La carte géologique au 1/50 000 Vif considére ces dépôts comme du glaciaire local ; mais nous concevons mal des dépôts d'une pareille importance - plus de 80 m d'épaisseur - à l'aval d'un bassin d'alimentation aussi réduit, qui, de plus, ne présente pas les formes caractéristiques d'un cirque glaciaire.
Ils ne sauraient non plus provenir d'un glacier local important qui aurait occupé le Val de Lans, glacier qui n'a jamais existé au Würm.
Enfin, leur éloignement de Saint-Nizier-du-Moucherotte, ainsi que leur altitude, montre que ces moraines n'ont pas été apportées par le glacier würmien de l'Isère diffluent au dessus du plateau des Guillets.

Nous pensons donc qu'elles proviennent de la diffluence rissienne de l'appareil isèrois, à qui son altitude - supérieure à celle de son homologue würmien - permettait de franchir l'arête nord du Moucherotte puis le petit col de Malloroux (1210 m).
Le vallum de la Jaille, vu de la Croix Ferrée. Le pointillé blanc suit la crête de la moraine, s'abaisse en son centre, dans le thalweg de la Jaille, puis s'éléve rive droite.
La seconde de ces formes de relief caractéristiques consiste en un ensemble de gorges très inclinées, au sud du Pas de la Corne, la dernière combe würmienne, qui entaillent la falaise des Rochers de Fangasset. Les plus importantes sont la Combe de la Jaille et la Combe de l'Ours, mais il y en a bien d'autres de dimensions inférieures.
Ces ravins sont très semblables aux "canyons proglaciaires" würmiens de G.Monjuvent.
Plus au sud, passée la Combe de l'Ours, plus aucune gorge ne vient entailler les falaises, jusqu'au vallon du Bruyant dont nous parlerons plus loin.

Ces gorges ne sont pas dues à l'érosion par les eaux de fonte de la diffluence würmienne, qui n'est parvenue jusque là, ni par les maigres écoulements locaux, actuellement inexistants, mais nous paraissent avoir été creusées par les eaux de fonte rissiennes.
Elles prennent fin d'ailleurs, avec la Combe de l'Ours, que nous pensons donc avoir été creusée par les eaux s'échappant par un chenal, sur le coté du vallum frontal de la Jaille.
Photo non documentée
Dernière forme de relief caractéristique, l'arête nord du Moucherotte - déjà vue à la page la diffluence würmienne - qui, descendant de ce sommet vers Saint-Nizier, présente, dans sa partie inférieure, un profil caractérisé par deux segments de droite en pente douce, AB et CD.
De B à C, la pente se redresse, de même qu'au-dessus de D.

Nous avons dit que l'épaulement inférieur AB ou "épaulement de Saint-Nizier" serait würmien alors que l'épaulement supérieur CD ou "épaulement de la Roche", qui se termine en D, à 1250 m d'altitude, serait rissien.



ALTITUDE DE SURFACE DU GLACIER RISSIEN

Deux des trois formes caractéristiques que nous venons de décrire permettent de déterminer l'altitude du glacier rissien.
Ce sont :

1 - Les dépôts glaciaires de la Jaille

La formule qui donne l'altitude de surface d'un glacier peut s'appliquer ici, compte tenu de la largeur de la diffluence rissienne, sous réserve toutefois de l'effet de langue.

Le calcul montre alors que le glacier responsable du dépôt de ce vallum de la Jaille (qui cote 1159 m), devait présenter, lorsqu'il franchissait l'arête nord du Moucherotte, à 1000 m de là - c'est-à-dire sur le bord de l'ombilic de Grenoble - une altitude de l'ordre de 1300 m, suffisante cependant pour lui permettre de franchir, 250 m plus loin, le col de Malloroux (1210 m).

Toutefois, au maximum du Riss, le plateau de Saint-Nizier-du-Moucherotte se trouvait entiérement recouvert de glace et aucun dépôt ne pouvait se produire ici, ce qui nous amène à dater la formation du vallum de la Jaille d'un stade de retrait précoce, lorsque, le niveau du glacier baissant, les glaces diffluentes n'ont plus rejoint celles du Furon.

En conséquence, la prise en compte du vallum de la Jaille conduit à une altitude de surface du glacier rissien à son maximum sur l'arête nord du Moucherotte de l'ordre de 1300 m.

2 - L'arête nord du Moucherotte

Nous avons vu que cette arête présente deux points d'inflexion , l'un à 110O m d'altitude, l'autre à 1250 m, que nous interprétons comme les sommets de deux épaulements des deux derniéres glaciations.
En appliquant la page Profil en travers des vallées et en tenant compte d'une épaisseur de glace de 50 m sur les sommets d'épaulements, nous sommes conduits à attribuer au glacier rissien, une altitude de 1250 + 50 = 1300 m

D'autres valeurs de l'altitude du glacier rissien sur Grenoble résultent de la prise en compte de :

3 - l'avancée de ce glacier dans la plaine de la basse Isère (voir à ce sujet la page la basse vallée de l'Isère.

Les études de G.Monjuvent, qui fixent l'emplacement du vallum terminal 56 km en aval de Grenoble conduisent à une altitude du glacier rissien au-dessus de l'ombilic grenoblois égale à 1300 m.
Mais, nous l'avons vu, il ne subsiste aucun vestige de ce vallum et nous ignorons comment G.Monjuvent a pu déterminer son emplacement.
Nous noterons toutefois que les dépôts du Coing de Montaud, étudiés à la page Les diffluences de Montaud, se situent convenablement sur la surface calculée en tenant compte du chiffre de 56 km énoncé par G.Monjuvent, ce qui conforte donc indirectement la valeur de 1300 m avancée par cet auteur.

4 - l'avancée du glacier dans la plaine de la Bièvre-Valloire, également étudiée à la page la basse Isère ne fournit pas, par contre, de valeur utilisable.

Pourtant, le vallum rissien est ici identifiable. Il se situe, nous l'avons vu, 3,8 km à l'est de Beaurepaire, soit à 55 km de Grenoble.
En prenant en compte une altitude de 320 m, le calcul méne à la valeur de 1368 m sur Grenoble. Mais ce résultat demande à être corrigé pour tenir compte d'un effet d'étalement, sensible en Valloire, où la vallée atteint une largeur de 10 km, à comparer avec celle de 4 km au-dessus de Voreppe.
Cet effet diminue la pente de surface du glacier et conduit donc à des valeurs réelles de l'altitude inférieures à celles calculées, mais nous ignorons dans quelle mesure.
Nous pouvons donc seulement avancer que la surface du glacier se situait plus bas que 1368 m.

5 - Dès 1860, C.Lory avait signalé la présence de blocs erratiques sur les pentes du Moucherotte, retrouvés ultérieurement par A.Falsan et E.Chantre en 1879 (in Monjuvent, 1979).
Ces blocs se situent à 1300 m, qui constitue donc une valeur minimale de l'altitude du glacier.

En résumé, les valeurs ci-dessus sont les suivantes :
1 - 1300 m environ
2 - 1300 m
3 - 1300 m
4 - inférieure à 1368 m
5 - supérieure ou égale à 1300 m


Ces valeurs convergeant, nous pouvons conclure, rejoignant le chiffre de G.Monjuvent, que la surface du glacier rissien sur Grenoble se situait sensiblement à 1300 m.




Voici donc une vue d'artiste (hum, hum !), montrant l'aspect du plateau de Saint-Nizier-du-Moucherotte au pléniglaciaire rissien.
Recouvrant le plateau (l'épaisseur de glace atteignait 250 m au dessus des Guillets et 150 m à la verticale de Saint-Nizier-du-Moucherotte), les glaces de la diffluence rejoignaient celles de la langue du glacier de l'Isère qui remontaient la vallée du Furon, en direction du Val de Lans.

Photo non documentée




JUSQU'OU LE GLACIER RISSIEN S'AVANCAIT-IL DANS LA VALLEE DU FURON ?


Atteignait-il le Val de Lans ? La carte géologique au 1/50 000 VIF ne fait mention d'aucun dépôt rissien dans cette région.
Des indices nous incitent toutefois à penser que le vallum terminal rissien se situe sous le village de Lans-en-Vercors et qu'il est masqué par les alluvions fluvioglaciaires postwürmiennes figurant sur la carte.
Ce village s'allonge en effet, à une altitude de 1004 à 1020 m environ, sur une crête rectiligne barrant complétement la vallée.

A 1200 m au nord de Lans-en-Vercors, le bedrock de calcaires à silex maëstrichtiens apparait à l'Oletteà la cote 960 m, laissant donc une place disponible pour un vallum terminal haut d'une quarantaine de mètres (vallum rissien car, bien évidemment, le glacier würmien n'est pas venu jusqu'ici).
C'est ce vallum qui, selon nous, formait le barrage qui retenait le lac du Val de Lans et sur lequel, en toute logique, s'est construit Lans-en-Vercors.
Au nord prend naissance la vallée du Furon, cependant qu'au sud, les alluvions postwürmiennes et récentes ont comblé l'ancien lac glaciaire et postglaciaire.

Au nord de Lans-en-Vercors, la vallée du Furon montre encore deux embryons de barrages, vestiges sans doute de vallums terminaux de stades de retrait du glacier rissien, celui des Falcons (1012m) et celui de l'Olette (1008 m).

Mais c'est l'observation de la rive gauche du Furon, entre le hameau des Merciers et Lans qui va nous conduire au résultat le plus intéressant en nous fournissant un exemple particuliérement parlant de ce que nous avons appelé les plans d'épaulements.

Le hameau des Merciers est construit sur un épaulement de la rive gauche du Furon qui s'étend de 1180m (Rebord d'auge) à 1240m (Sommet d'épaulement SE)
Après l'échancrure du vallon de Chenevoye, l'arête descendue de la Montagne de la Graille porte elle aussi un épaulement dont le sommet se situe à 1250 m.
Si on suppose ces deux épaulements dus à l'action d'un glacier et sachant qu'il convient d'ajouter une cinquantaine de mètres à l'altitude du sommet des épaulements pour obtenir celle du glacier qui les a formés, la cote de surface de ce glacier ressort donc à 1300 m environ.
Ces valeurs sont parfaitement compatibles avec la présence d'un glacier dont la surface s'élevait à 1310 m au-dessus de Saint-Nizier-du-Moucherotte, donc le glacier rissien.

Mais il y a plus étonnant :

Au sud de l'arête de la Montagne de la Graille (voir photo précédente), une banquette doucement inclinée, longue de 4 km, s'étend jusqu'à Lans-en-Vercors.
La ligne qui joint les sommets de cette banquette (trait blanc) s'abaisse régulièrement depuis 1220 m aux Aigaux jusqu'à 1000 m à l'Olette, aux portes de Lans-en-Vercors, en passant par 1060 m au Mas.
Prenant en compte la ligne blanche de la photo et en ajoutant 50 m à son altitude, on trouve que la surface du glacier s'abaissait de 1300 m aux Merciers à 1270 m aux Aigaux et à 1050 m à l'Olette ce qui nous amène aux environs de 1000m à Lans-en-Vercors.

Cette banquette constitue donc un plan d'épaulement , long de 4 km, qui se situe une cinquantaine de mètres sous la surface du glacier.

Photo prise depuis Saint-Nizier-du-Moucherotte

Une pareille régularité est remarquable et tout à fait exceptionnelle ; elle est due à l'absence de tout vallon descendu de l'arête qui la domine.
En effet, la présence de tels vallons - qui auraient abrité des glaciers de versant lors des glaciations - aurait découpé cette banquette en la transformant en une série d'épaulements séparés.
Il est intéressant de comparer cette forme de relief avec la série d'épaulements de la rive droite de l'Eau d'Olle en amont d'Allemont ou encore avec une forme assez analogue de la rive gauche du glacier de l'Unteraar .

Plus de renseignements à la page les plans d'épaulements



ET QU'EN-EST-IL DU VALLON DU BRUYANT ?

A mi-chemin entre Saint-Nizier-du-Moucherotte et Lans-en-Vercors, la falaise qui forme la rive droite des gorges du Furon est interrompue par le vallon du Bruyant, bien connu des promeneurs grenoblois.
La disposition des lieux n'est pas sans rappeler celle de la Combe de la Jaille. Ici aussi, dans le haut du vallon du Bruyant, deux crêtes s'avancent l'une vers l'autre en arc de cercle, sensiblement au même niveau, de la Croix de Lichou (1109 m) jusqu'à Pierregraine (1135 m).
De même qu'à la Combe de la Jaille, ce dispositif évoque à nos yeux un vallum terminal éventré par les eaux glaciaires et postglaciaires, mais il s'agit ici d'un glaciaire local, comme l'indique d'ailleurs la carte géologique au 1/50 000 Vif.
Nous rejoignons cette conclusion, car les pentes qui, jusqu'au sommet du Moucherotte (1901 m), dominent le vallon du Bruyant, présentent bien la forme caractéristique d'un cirque glaciaire (pentes raides dominant un fond de cirque en pente plus douce).

Nous proposons donc la chronologie suivante :

Au pléniglaciaire du Riss, ce glacier de cirque du versant ouest du Moucherotte rejoint celui remontant la vallée du Furon. Sous cette surface de glace continue, aucune forme glaciaire de dépôt ne peut prendre naissance.
A la décrue des glaciers rissiens, les deux appareils se séparent et le glacier du Moucherotte peut, de la Croix de Lichou à Pierregraine, contruire son vallum terminal.
Plus tard, lors de la glaciation würmienne, les glaces provenant de l'Isère ne parviendront pas aussi loin dans la vallée du Furon et le glacier de cirque du Moucherotte pourra poursuivre l'oeuvre amorçée au Riss.
Tant pendant les glaciations qu'entre celles-ci, les eaux sous-glaciaires et postglaciaires auront tout loisir pour creuser le vallon du Bruyant.



REMARQUE CONCERNANT LA DATATION DES DEPOTS

L'affectation des dépôts aux glaciations du Würm et du Riss a été faite en tenant compte des idées couramment admises à ce jour (2003).
Ainsi qu'il sera exposé plus en détail à la page Détermination de la glaciation responsable du modelé glaciaire, il est possible que ce que nous avons appelé Riss dans les lignes ci-dessus soit à imputer, en réalité, à une phase ancienne de la glaciation würmienne, vers 60 -- 75 Ma.
Nous reviendrons sur ce sujet dès que la question sera clarifiée.


CONCLUSION

Les lignes qui précédent montrent tout l'intérêt que présente l'étude de de ces diffluences : comme dans le cas de celles de Montaud, il est possible ici de distinguer l'oeuvre des glaciers würmiens de celle de leurs prédecesseurs.
Plus en amont dans les vallées, ceci devient de plus en plus difficile, les surfaces des glaces au cours des glaciations successives étant de plus en plus proches au fur et à mesure que l'on s'éloigne des fronts glaciaires.

Elles permettent également d'apprécier l'efficaciré de l'approche théorique, même appliquée à des masses de glace bien plus modestes que les immenses glaciers de vallées.