LES FORMES D'ABLATION MAJEURES :

LES VALLEES GLACIAIRES
129 - 6 août 2011
PROFIL EN TRAVERS
LES EPAULEMENTS

Les vallées glaciaires sont particulièrement originales.

Par leur profil en travers, tout d'abord.


Nous avons tous appris jadis qu'une vallée glaciaire avait la forme d'un U, au contraire d' une vallée fluviale, taillée en V.
La réalité n'est pas aussi tranchée, nous allons le voir.
Auparavant, bien entendu, comme dans le cas des cirques, nous noterons qu'il convient, pour retrouver la pureté de formes que présentait une vallée juste après la disparition des glaces, de faire abstraction des garnissages ultérieurs que forment les éboulis des versants ou les alluvions postglaciaires du fond.
Ces derniers peuvent d'ailleurs être très épais lorsque, juste après sa disparition, le glacier a été remplacé par un lac, aujourd'hui comblé.



La vallée, une fois dégagée, par la pensée, de ces formations postglaciaires, présente effectivement, parfois, une section en U, une auge à fond plat.
Mais en général, les flancs de l'auge sont inclinés et souvent même, le fond d'auge manque, la vallée prenant une forme en V.

En simplifiant beaucoup, on peut dire que les vallées présentent une forme en auge à flancs subverticaux lorsqu’elles sont taillées dans des roches cristallines dures et une forme en V dans le cas de roches plus tendres.
On note même que les versants présentent des pentes plus soutenues dans les granites que dans les gneiss, sujets à des foliations.

Mais la réalité est plus complexe, il est probable que le régime de circulation des eaux glaciaires joue également un grand rôle dans la forme des vallées.

Lorsque les deux rives de la vallée sont formées de terrains de dureté différente, le profil est franchement dissymétrique.

Une vallée glaciaire typique, celle du Bout du Monde ( Vallée du Giffre, Sixt-Fer-à-Cheval, Haute-Savoie ), bel exemple d'auge symétrique.....


..... au contraire du Val Ferret Italien (Val d'Aoste), en auge dissymétrique, creusé :
- rive gauche (à gauche de la photo) dans des marnes tendres liasiques et crétacées
- rive droite dans le granite du Mont-Blanc.
Au centre de la photo se devine, vers la gauche, l'entaille de la Doire Baltée vers Courmayeur.


Le Grésivaudan présente également deux versants dissymétriques : sa rive gauche s’élève en pente relativement douce dans les marnes tendres, au contraire de la rive droite, où les calcaires compacts se redressent en falaises.

D'autres exemples de vallées glaciaires

En réalité, ce qui, dans nos montagnes, caractérise le mieux les vallées glaciaires, c’est la présence des épaulements et des plans d'épaulements.



Voici le profil caractéristique d'une vallée glaciaire dont l'auge peut présenter une section en U ou en V.

Des sommets latéraux de la vallée descendent vers le talweg des arêtes, plus ou moins inclinées, qui comportent parfois des parties en pente plus douce que le flanc d'auge.
Ce sont les épaulements, séparés du flanc d'auge par le rebord d'auge.


Lors du pléniglaciaire la surface du glacier se situait à quelques dizaines de mètres au dessus du sommet des épaulements et non au niveau du rebord d'auge, comme on le pense souvent.
Le fait est attesté par la présence quasi générale sur les épaulements de dépôts morainiques, de roches moutonnées, de stries et de sillons marginaux d'épaulement.
Pour permettre le traçé de cartes et de graphiques, nous avons adopté la valeur de 50 mètres dans le cas du Wûrm et du Riss.

Au dessus du rebord d'auge, la glace
s'élevait à une hauteur plus variable (souvent 100 à 150 m).


Notons que les épaulements sont toujours sensiblement perpendiculaires au talweg de la vallée.
Dans le cas contraire, c'est qu'ils ont été sculptés par un flux de glace distinct de celui du glacier de vallée (une diffluence, par exemple, ce qui est le cas, entre autres de ceux du col de Merdaret).

Rappelons comment il est possible d'identifier un épaulement sur une carte où figurent les courbes de niveau.
Rappelons également qu'il existe deux modelés d'épaulements légérement diffèrents : épaulements simple et à pommeau.







Dans le premier type, la pente de l'épaulements toujours descendante vers le talweg, ou à la limite, horizontale
Illustration parfaite d'épaulements de ce type, la vallée de la Malsanne (Isère) avec le verrou de la Barrière, porte d'entrée dans l'ombilic du Valbonnais.
En toile de fond, dans le ciel, se dresse le horn de l'Obiou.


Un autre exemple, particulièrement éloquent, le versant nord du col du Glandon (Savoie).

Nous sommes ici sur la route qui descend la vallée du Glandon vers celle de l'Arc.
La vallée affluente, en face de nous, est la Combe de la Croix, qui draine le versant nord des Aiguilles de l'Argentière ( les sommets de gauche ).
La vallée principale, celle du Glandon, était parcourue par un important glacier, provenant du massif des Grandes Rousses via une diffluence passant par le col du Glandon. La glace s'écoulait de gauche à droite de la photo selon la flèche bleue.
La forme en U de la vallée affluente, avec ses flancs d'auge et ses épaulements est bien visible.

A la base des falaises des Aiguilles de l'Argentière, nous avons trouvé des stries glaciaires, preuve, si nécessaire, que la glace dépassait légèrement ce niveau.

Enfin un dernier exemple d'épaulement du "type simple".

Dans la vallée de l'Eau d'Olle (Isère), entre Allemont et le Rivier d'Allemont, le profil caractéristique peut s'observer sur sept arêtes de la rive droite, les arêtes de Rif Premier, des Rochailles, de Mal Pourchie, la Pessée et de la Suif (cinq d'entre elles sont visibles sur cette photo).
 
Entre ces arêtes, l'appareil de l'Eau d'Olle n'a pu sculpter une auge caractéristique, du fait des glaciers affluents qui empruntaient les vallons ( flèches blanches ).

 

Image Google Earth



Dans le second type, l'épaulement est limité, coté vallée, par une bosse.
Sa forme n'étant pas sans rappeler celle d'une selle targuie, nous avons baptisé les épaulements de ce type « épaulements à pommeau ».
Il semble que cette forme soit liée à la présence, à cet endroit, d'une roche plus résistante à l'érosion et qui reste en saillie.
L'érosion qui l'a dégagée peut s'être exercée durant la glaciation elle-même ou bien après celle-ci.

Prolongeant vers le nord-nord-ouest le chaînon est du Dévoluy, une arête s'abaisse depuis la falaise du pic Pierroux jusqu'au bord du lac du Sautet (Hautes-Alpes)

Cette arête porte en particulier un épaulement à pommeau, le pommeau étant constitué par la Tête de la Sambut (Croix de la Plaigni, 1595 m), en saillie d'une quarantaine de mètres sur la selle.



Formation des épaulements

La nature des roches, leur résistance à l'érosion joue, bien entendu, un rôle indéniable dans la formation des épaulements. Les glaciers ont sculpté dans les roches, selon leurs modalités propres d'érosion et leur altitude, en tenant compte de la résistance de celles-ci.
Schématiquement, on peut dire que :
La nature des roches est le facteur principal qui détermine la forme des épaulements et leur position en plan. alors que l'érosion glaciaire est responsable de leur altitude et que le relief au dessus de la surface du glacier respecte les plans d'épaulement ou, au contraire, les découpe en épaulements successifs..

Autres exemples d'épaulements



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