Les flancs
des vallées présentent parfois localement des parties en pente soutenue plus
ou moins raide, souvent ravinées, les versants d'érosion.
Ces formes d'érosion sont parfois imputables à l'action d'une rivière décrivant
un méandre et, dans ce cas, elles se situent sur
la rive concave du méandre.
 |
Voici par exemple
un tel versant dans la concavité d'un méandre du Neckar,
aux environs de Stuttgart. Il s'agit là d'un
versant d'érosion de méandre, exposé au sud
et occupé par un vignoble qui fournit des vins blancs excellents .....
encore qu'un peu chers. |
Mais, en montagne, on rencontre parfois, tout particulièrement dans les roches
peu résistantes à l'érosion, telles que les schistes,
des versants d'érosion dont l'origine n'est pas
évidente : ils ne dominent pas un méandre et ils ne sont pas surmontés par un
bassin d'alimentation susceptible d'avoir collecté
les eaux pluviales.
En d'autres endroits, ces versants d'érosion prennent
la forme de falaises dont l'origine est tout aussi peu explicable.
Nous pensons que les glaciers ont joué souvent un rôle important dans la formation
des versants d'érosion, rôle complété ultérieurement, bien entendu, par l'érosion
postglaciaire.
Bien entendu, tous les ravinements que l'on peut observer sur les flancs des
montagnes ne peuvent être imputés aux actions glaciaires.
Il en existe par exemple dans les Alpes du Sud,
en des lieux qui n'ont jamais été englacés, beaucoup d'entre eux étant alors
l'oeuvre de l'érosion régressive.
Nous allons décrire quelques cas où l'action des glaciers nous paraît très probable,
en débutant par un cas d'école, celui des versants d'érosion
de l'ombilic du Bourg d'Oisans
(Isère).
 |
La plaine du Bourg
d'Oisans, un ombilic glaciaire, s'étend
entre deux parois aux pentes soutenues, tournant même aux falaises dans
le granite qui forme sa partie sud-est.
En trois endroits, ces parois sont rongées de ravinements:
-- ceux de la Côte Alamèle, repérée 1 sur
la carte
- repérés 2, les arrachements du Bout du Monde,
qui menacent directement le Bourg d'Oisans
- enfin, repérés 3, ceux de la Côte du Seignet.
De plus, dans la vallée voisine de la Lignarre,
descendue du col d'Ornon, un ravinement analogue
(4) marque le versant de la vallée sous le col de
la Buffe.
|
Ces versants
d'érosion font l'objet des photos suivantes..... |


.... et, grace à Google Earth, de la vue perspective
que voici :
Vue plus grande,
non renseignée
Il faut cependant convenir que la vue ci-dessus donne une idée beaucoup moins
évocatrice du relief que la consultation directe sur Google
Earth.
Pour y remédier, nous vous proposons d'utiliser la méthode suivante, qui révèle
tout l'intéret de ce programme.
UTILISATION DE GOOGLE EARTH POUR UNE VISUALISATION EN
RELIEF
Google Earth (que l'on peut charger par http://earth.google.com
) permet une visualisation très efficace des paysages.
Celle-ci est particulièrement remarquable dans le cas de la vallée du
Bourg d'Oisans.
Pour cela, il convient d'effectuer les opérations suivantes :
1 - se raccorder à Google Earth
2 - copier les coordonnées suivantes: 45 02 N,6
03 E
3 - les coller (paste) dans la fenêtre d'adresse de Google Earth
4 - entrer ces données par le bouton "Search"
5 - après apparition de l'image, reprendre de l'altitude par le bouton
- , jusqu'à 10 km environ
6 - enfin, on acquiérera la perception du relief, en agissant d'abord
sur le bouton d'inclinaison, puis sur celui
de rotation.
Le résultat est tout à fait remarquable et bien
supérieur à ce que ce que l'on peut obtenir d'une simple photo!
Lors de la rotation, le mouvement fait apparaître d'une façon stupéfiante
le relief de cette "rue glaciaire" et la situation, sur ses flancs,
des versants d'érosion.
Cette procédure peut être appliquée à d'autres pages du site, nous l'indiquons
au passage, ou ici.
On pourra, de la même manière, revoir sur Google Earth le versant d'érosion
de méandre du Neckar, objet de la première image de cette page, en utilisant
les coordonnées
48
59 00 N,9 10 00 E
|
Sur la carte qui précédait, nous avons porté, outre le tracé des rivières actuelles,
celui des glaciers du MEG, le maximum glaciaire
antérieur au Würm, c'est-à-dire le Riss ( les glaciations plus anciennes n'ayant laissé, semble-t-il, que peu de témoins identifiables dans les Alpes, mais nous verrons au bas de cette page que ceci n'est pas tout à ait exact).
L'examen du paysage et des cartes permet de noter trois
particularités de ces versants d'érosion :
1 - En premier
lieu, aucun d'entre eux n'est dominé par un bassin de réception susceptible
d'avoir collecté les eaux météoriques en quantité suffisante pour expliquer
sa formation.
2 - En second lieu, on note qu'ils se situent tous en
face du débouché de vallées affluentes :
- la Côte
Alamèle en face de la vallée de la Lignarre
- le Bout du Monde en face de la vallée de
la Sarenne, qui draine la partie sud du massif
des Grandes Rousses
- la Côte du Seignet en face des vallées provenant
du Grand Rochail.
- la Buffe/Ornon en face de la vallée de Villard-Reymond
3 - Enfin, la dernière remarque concerne l'altitude de leurs sommets :
Le glacier
rissien, ainsi
qu'il résulte de nos études résumées à la page
altitude
de surface du glacier de la Romanche, s'élevait, au pléniglaciaire,
à 1900 mètres à son entrée dans l'
ombilic et
à 1850 mètres sur
Bourg d'Oisans.
On voit donc que, dans les cas
1 à 3 ci-dessus, tous les sommets des versants d'érosion
se situent quelques dizaines de mètres sous la surface du glacier rissien.
Nous verrons, au bas de cette page, que le mode de formation des versants d'érosion
que nous proposons permet d'expliquer ces trois particularités.
Le versant d'érosion de la Buffe (repéré 4) semble
toutefois faire exception : il culmine à 1780 m, nettement plus bas que l'altitude
du glacier rissien de la Lignarre,
qui s'élevait à 1850/1900 m environ.
Cette exception n'est qu'apparente, elle conforte au contraire la règle, on
peut s'en assurer ici : les
versants d'érosion d'Ornon
La vallée de l'Eau d'Olle, affluent de la Romanche sur sa rive droite en aval de Bourg-d'Oisans, présente un certain nombre de versants d'érosion, certains d'entre eux assez remarquables. Voir à ce sujet la page les versants d'érosion de l'Eau d'Olle.
On trouvera à la page autres
versants d'érosion glaciaires, des exemples de cette forme de relief plus
spectaculaires encore.
Ce sont ces trois particularités :
-- absence, au-dessus des versants d'érosion, de bassins de réception
susceptibles d'avoir collecté les eaux météoriques
-- situation des versants d'érosion en face du débouché des vallées affluentes
-- altitude des sommet des versants d'érosion voisine de celle de la surface
des glaciers
qui nous
incitent à penser que ces formes d'érosion ont bien une origine glaciaire.
Mais comment les glaciers agissaient-il ? La réponse à cette question devra
permettre d'expliquer ces diverses particularités.
Un élément de réponse va nous être fourni par l'étude de deux versants d'érosion
situés sur le cours du Drac, prés de la
Mure (Isère), celui du Bois Ribay et celui
des Arssays, où le rôle joué par les eaux latérales
est évident.
Nous ne donnerons ici que les conclusions de cette étude, renvoyant le lecteur,
pour plus de détails, à la page les
versants d'érosion de la basse vallée de la Bonne .
Il résulte de l'étude de ces deux versants d'érosion du Bois
Ribay et des Arssays que l'on peut attribuer
l'initiation de leur formation à l'action des eaux latérales
du glacier.
On conçoit l'intérêt tout particulier que présentent ces deux versants d'érosion
:
- La présence d'écoulements d'eau contre la paroi y est indiscutable,
alors que dans d'autres cas, elle n'est hypothétique
- Leur altitude de départ - tout au moins dans la cas du Bois
Ribay - est connue.
De ce fait, l'existence de
ces deux versants d'érosion vient conforter
notre opinion selon laquelle l'initiation de la formation de tels versants
d'érosion glaciaires est due à l'érosion par
les eaux glaciaires latérales .
Une disposition analogue se rencontre d'ailleurs actuellement dans le Val
Veni (Val d'Aoste), où la langue terminale
du glacier du Miage italien retient le lac
Combal.
Généralisons
à présent cette constatation.
Dans le cas du versant d'érosion du Bois Ribay,
le cours du Drac, qui constituait l'exutoire
du lac du Beaumont, était rejeté contre la rive gauche de
la vallée par l'afflux des glaces du glacier de la Bonne. C'est là en effet que les altitudes de la glace et des moraines
étaient les plus basses.
Nous pensons qu'il est possible de généraliser cette remarque à d'autres versants
d'érosion glaciaire, là où des glaciers affluents débouchaient du versant opposé de la vallée.
Revenons à présent au cas des versants d'érosion de la vallée du
Bourg d'Oisans, présentés au début de cette page.
Ici, toute la vallée était remplie de glace.
Nous sommes dans un deuxième cas de figure, celui où des glaciers affluents rejoignaient un appareil de vallée.
Nous pensons que la surface du glacier de vallée devait
alors présenter une pente transversale du fait de l'apport du glacier
affluent, pente telle que la totalité des eaux glaciaires - qui coulent, nous l'avons
dit, le long des rives, 100 à 150 m sous la surface - se trouvait alors reportée sur la rive opposée au glacier affluent.
En appliquant ce qui précède, il
nous paraît donc possible, dans ce deuxième cas de figure, d'imputer la formation
des versants d'érosion glaciaires à l'action
de ces eaux glaciaires, repoussées contre la
rive opposée par les glaciers affluents.
___________________________________________________________________________
Reste une particularité à souligner, peut-être la plus remarquable, qui
pourra nous amener à des conclusions d'un grand intérêt : souvent, les
érosions de versant culminent quelques dizaines de mètres
en-dessous des crêtes. Compte
tenu de l'érosion régressive qui
s'est exercée sur ces versants depuis qu'ils ont été
désertés par les glaces, on peut d'ailleurs penser que ces quelques
dizaines pouvaient alors friser la centaine.
Ceci s'applique, par exemple, aux versants d'érosion de la vallée
de Bourg d'Oisans, ainsi qu'on peut le voir sur les photos ci-dessus, mais aussi,
entre beaucoup d'autres et de manière particulièrement remarquable, à ceux de l'Échine
de Praouat (Isère) et
du Crêt d'Ornon (Savoie).
On trouvera une étude détaillée de ces deux échines à la page les
échines de Praouat et du Crêt d'Ornon
Pourquoi ces érosions de versant s'arrêtent-elles ainsi quelques dizaines
ou une centaine de mètres sous les crêtes ?
Mais auparavant, soulignons que cette particularité permet de réfuter la responsabilité de l'érosion régressive dans l'initiation de la formation des versants d'érosion. Comment l'érosion régressive, qui progresse de bas en haut, aurait-elle "eu connaissance"
de l'approche d'une crête?
Alors que, nous allons le voir, l'érosion par les eaux glaciaires explique parfaitement cette particularité, l'érosion postglaciaire étant responsable seulement d'une retouche finale. |
_____________________________________
Nous avons dit que, selon nous, la formation des versants d'érosion glaciaire avait été initiée par des circulations
d'eaux glaciaires coulant
contre les rives, 100 à 150 m sous la surface du glacier.
Mais pourquoi cette surface se situait-elle si fréquemment aux environs des crêtes ?
Tout cela s'éclaire - mais en ouvrant la porte à des discussions intéressantes
- si on renverse le sens de la question et si on se demande : « Pourquoi
les crêtes dépassent-elles souvent de quelques dizaines
de mètres le sommet des versants d'érosion » ?
La réponse peut être la suivante : les crêtes en question avaient été modelées
par des glaciations antérieures au Riss et plus
importantes que lui. Le niveau des glaces étant alors plus élevé, les glaciers franchissaient les reliefs latéraux, là où leur altitude le leur permettait, en y façonnant, 100 mètres ou plus sous la surface du glacier, des épaules et des seuils, au sens où nous l'entendons
à la page les épaules
et les seuils.
Puis, le Riss survenant, avec un niveau des glaces inférieur, les eaux glaciaires sont demeurées à l'intérieur de la vallée et ont initié les versants d'érosion selon le schéma décrit ci-dessus.
Il est également possible que ces glaciations anciennes n'aient pas
été beaucoup plus importantes que le Riss,
mais que le relief ait été moins élevé que de
nos jours, les mouvements orogéniques n'ayant pas encore joué à plein.
Dans les versants, les eaux glaciaires des glaciations
suivantes, en particulier le Würm, ont ensuite
creusé les versants d'érosion dont il est question
dans cette page,
Signalons, pour être complet, que l'on observe parfois des versants d'érosion dans les tronçons concaves de certaines vallées, culminant à des altitudes voisines de celle des glaciers qui les occupaient et en l'absence d'affluents.
La cause nous paraît pouvoir résider, ici aussi, dans l'afflux des eaux glaciaires contre cette rive, dû à une pente transversale de la surface glaciaire.
________________________________________________