LES SITES ELEVES D'ANCELLE-ORCIERES

Version 104

En deux mots

Dans cette petite région, un ensemble de sites caractéristiques suggére qu'un glacier très élevé a coulé ici jadis, dont la surface s'élevait aux environs de 2100 m, altitude lue dans le relief actuel.
Mais il est probable que, depuis cette époque, les mouvements orogéniques ont soulevé le massif et qu'à l'origine, l'altitude du glacier était moins élevée.
Un cas analogue se présente dans le Grésivaudan, où un glacier de l'Isère très ancien semble avoir coulé 400 m plus haut que son homologue rissien.



La vallée du Drac, dans la région d'Ancelle et d'Orcières (Hautes-Alpes), présente un certain nombre de sites caractéristiques du plus grand intérêt. Il s'agit d'épaulements, au nombre de 7 et d'un dépôt glaciaire représenté sur la carte géologique Orcières.

Le tableau suivant précise leurs situation. Sur la carte qui fait suite, l'altitude indiquée est celle de la surface du glacier.
Celle-ci est obtenue, en application des règles énoncées à la page Utilisation des repères morphologiques, en majorant de 50 m l'altitude des sommets d'épaulement (SE) et en prenant pour leurs vraies valeurs celles des dépôts D.

L'examen des sites de cette région Ancelle-Orcières présente un intérêt, non seulement local, mais encore très général, ainsi qu'on le verra plus loin.

SITES CARACTERISTIQUES

DE LA REGION D'ANCELLE-ORCIERES
Rep
Site
Type

Alt

(m)

Alt

Glac

(m)

Carte

Top25

Carte

géologique

Coord

WGS 84

AO1
Le Cuchon
SE
2002
2050
3437OT
Orcières

32T
279800
4946200

AO2

L'Aiguille (Face N
Petite Autane)

SE
2092
2140
3437OT
Orcières
32T
281500
4947750
A03
L'Arche (Arête W)
SE
2105
2155
3437OT
Orcières
32T
280800
4942950
AO4
Serre Laupette
SE
2100
2150
3437OT
Orcières
32T
283350
4948400
AO5

Croix de la Verne

SE

SV

2180
2230
3437OT
Orcières
32T
281350
4953700
AO6

Epaule SW du

Roc d'Alibrandes

SE

SV

2140
2190
3437OT
Orcières
32T
284900
4953600
AO7

Epaule SW du

Roc d'Alibrandes

D
2220
2220
3437OT
Orcières
32T
284750
4953300
AO8

Epaule N du

Garabrut

SE
2300
2350
3437ET
Orcières
32T
290900
4950800
A09
L'Arche (Arête NW)
SE
2110
2160
3437OT
Orcières
32T
281000
4943200




La surface du glacier ainsi définie se situe plusieurs centaines de mètres au-dessus de celle du glacier rissien telle qu'elle résulte de la carte que l'on verra plus loin et nous sommes conscients que le lecteur risque de ne pas accepter cette conclusion pour argent comptant.

Avant de proposer une explication, examinons donc de plus près les sites probablement les plus caractéristiques, l'épaulement et les dépôts glaciaires de l'arête sud-ouest du Roc d'Alibrandes, repérés AO6 et AO7 et photographiés ici, d'une distance de 6 km, depuis un autre épaulement, celui de l'Aiguille (AO2).


L'épaule sud-ouest du Roc d'Alibrandes,
L'épaulement AO6 s'étend entre les points A et B. sur une longueur de 300 m et l'altitude de son sommet B est de 2140 m.
La carte géologique Orcières au 1/50 000 indique que les terrains qui flanquent à l'est cet épaulement et qui culminent à 2220 m, sont d'origine glaciaire, « moraine récente ou glaciaire indéterminée ».
Ceci est corroboré par l'examen de la photo où l'on constate bien l'existence d'une prairie, colorée en jaune par les premiers froids de l'automne.
Une origine récente nous semble peu probable, car le modelé du terrain et l'altitude ne semblent pas pouvoir expliquer la présence ici d'un glacier local post-würmien.

L'orientation, paralléle au talweg du Drac, des sillons C montre bien qu'ils ont été créés par le glacier de vallée et non par un appareil local.

Ces sillons vallonnés sont cependant assez déformés par rapport aux formes plus pures que présentent des sillons datés du Würm.

Une ravine peu marquée sépare l'épaulement de ces terrains glaciaires.


L'influence de l'érosion glaciaire, tant sur l'existence de l'épaulement que sur celle - bien entendu - des dépôts, nous paraît indiscutable et attribuable à un glacier dont la surface se situait aux environs de 2200 m.

Ce fait est corroboré par l'existence des autres sites voisins, tous repérés AO sur les tableau et carte précedents, qui évoquent bien un glacier dont la surface s'abaissait de 2350 m à l'épaule N du Garabrut (AO8) jusqu'à 2050 m au Cuchon (AO1).

Nous pensons utile de signaler ici que les sites AO1 à AO8 décrits ci-dessus sont bien les sites les plus élevés de cette région et qu'ils n'ont pas été choisis pour les besoins de la cause .....


Voici à présent notre carte du glacier rissien du bassin du Drac.

Cette carte, basée, pour la région considérée ici, essentiellement sur les relevés DS1 à DS12 effectués par M. Gidon ainsi que sur le site DS13 relevé par nos soins, indique une altitude de 1700 m environ pour la surface du glacier rissien dans les environs d'Ancelle.

(voir la page Altitude des glaciers dans le bassin du Drac)

Elle montre bien que la surface du glacier rissien dans les environs d'Ancelle se situait près de 350 m en dessous de l'altitude du glacier responsable de la création des sites caractéristiques élevés étudiés ci-dessus.



Si ce glacier a réellement existé, la glaciation au cours de laquelle il a donné naissance à ces sites est très ancienne et antérieure au Riss.

La situation rappelle exactement celle que nous avons déjà décrite ailleurs et qui concerne les sites élevés du Grésivaudan.
Dans cette dernière vallée également, un certain nombre de sites élevés permet d'envisager l'existence d'une glaciation très ancienne, à un niveau apparemment supérieur de près de 400 m à celui du Riss.
Nous nous bornerons à en rappeler les principales conclusions.

" À quelle glaciation appartenait donc le glacier qui a modelé ces formes si caractéristiques des actions glaciaires ? Au Mindel ? au Günz ? au Donau ? voire même au Biber, ce qui nous a ramènerait quelques 3 Ma en arrière (de récentes découvertes aux USA montrent qu'une avancée très importante de la calotte nord-américaine a eu lieu aux alentours de 2,4 Ma)

Contrairement aux formes mineures du relief glaciaire, les épaulements sont en effet des éléments de relief pérennes, au même titre que les vallées, dont ils constituent un élément indissociable.
Dans l'ignorance où nous sommes, nous nous contenterons de la nommer glaciation très ancienne.

Mais il faut tenir compte d'un autre facteur : il ne faut pas négliger en effet la possibilité que des mouvements orogéniques se soient produits depuis cette époque très ancienne dans les massifs qui bordent le Grésivaudan et que les épaulements aient été formés à des altitudes plus faibles que leur positionnement actuel.
On chiffre actuellement le soulèvement du massif de Belledonne, par exemple, à environ 1 mm par an. Bien que cette valeur ne soit qu'un ordre de grandeur de la vitesse instantanée actuelle et que rien ne permette pour l'instant de connaître sa valeur dans le passé, l'imprécision introduite par les mouvements orogéniques rend quelque peu illusoires les valeurs d'altitude pour des glaciations antérieures au Riss (1 mm par an représente 100 m par 100 000 ans ou encore 1 km par million d'années !).

Il nous semble probable que les deux facteurs ont joué, c'est-à-dire que, d'une part, le glacier très ancien était plus vigoureux que le glacier rissien et que, d'autre part, les altitudes du massif étaient alors inférieures à leurs valeurs actuelles. Dans quelle mesure relative jouent ces deux facteurs, il est évidemment difficile de le dire."

Des conclusions analogues nous semblent pouvoir être envisagées dans la région d'Ancelle-Orcières qui fait l'objet de cette page.



On lira également à ce sujet la page Rôle de l'orogénie et de l'isostasie