Le Beaumont est la portion de vallée du Drac
comprise entre le seuil de Laye et le verrou
de Beaufin. Quant au Champsaur, pour le sujet qui nous intéresse, il s'étend en amont du verrou de Beaufin jusqu'à Saint-Bonnet-en-Champsaur. |
Cette dernière glaciation a vu naître un certain nombre de lacs, encore inscrits dans les paysages sous forme de magnifiques terrasses.
Avant toutefois d'en venir à l'étude de ces lacs, il nous faut parler
du relief qui les environne.
Intéressons-nous plus particulièrement au seuil de Laye, qui sépare Saint-Sébastien de Saint-Jean d'Hérans, large ensellement, qui marque la frontière entre Trièves et Beaumont. Il s'agit d'une frontière humaine et géographique, qui traduit une influence géologique, car cette petite région a été modelée par les glaciers, en particulier par les eaux glaciaires. L'encadré les chenaux sous-glaciaires latéraux de la page "L'essentiel sur les lacs du bassin du Drac" va nous aider à comprendre la formation du seuil de Laye. La figure 1 ci-desous permet de situer le seuil et on se référera à la figure 2, également ci-dessous, pour plus de détails concernant la position des chenaux. Au passage, remarquons que ce seuil de Laye constitue un seuil glaciaire très remarquable, horizontal à ± 10 m près sur 2 km de longueur, dont le point bas se situe au col de Laye à 925 mètres. |
La pièce en cinq actes dont nous allons suivre le déroulement sur la figure 2 pourrait s'intituler : LES CHENAUX RISSIENS BEAUMONT - TRIEVES L'action
débute à la décrue des glaciers rissiens et se termine à la fin de cette
glaciation.
Le niveau des glaces continuant à baisser, celui des eaux latérales fait de même et trois autres chenaux (le plus bas à 1027 m) prennent naissance. Par ces chenaux, numérotés de 1 à 4 sur la figure 2, les eaux s'échappaient dans la direction de Mens. Acte 3 Lorsque l'altitude du glacier s'abaisse à 1100 m, le niveau d'écoulement intra glaciaire se situant alors vers 1000 mètres, les eaux creusent deux chenaux au col de Saint-Sébastien, tous deux à la cote 983 m : celui du ruisseau de l'Hôte (5), qui leur donnait accès à la région de Mens et celui de la combe de Chateauvieux (6) par lequel elles se dirigeaient vers Saint-Jean d'Hérans, deux trajets beaucoup plus proches de la rive de la vallée que celui qui aurait contourné le Serre des Aires. Le seuil de Laye était encore trop profondément enfoui sous les glaces pour que les eaux le rencontrent. Acte 4 |
| LE LAC WÜRMIEN DU BEAUMONT
Plantons le décor : il est très différent de ce que nous pouvons voir
de nos jours. Car, depuis le retrait des glaces wurmiennes,
une érosion très intense s'est exercée sur les flancs est et nord du
Serre des Aires et le lit actuel du Drac
s'est déplacé de plus de 500 mètres vers l'ouest et le sud.
Les éléments qui constituent cette terrasse inférieure de Pellafol sont en grande majorité calcaires et proviennent du Dévoluy. Toutefois on note la présence d'éléments cristallins, assez nombreux dans les couches supérieures, par exemple en dessous de Vieux Pellafol mais beaucoup plus rares dans le bas du dépôt. La présence de ces éléments cristallins, donc originaires du Haut Drac et non du Dévoluy, pose un problème. Ils présentent en effet un faciès typiquement glaciaire, avec des arêtes émoussées, ce ne sont pas des galets fluviatiles roulés. Ils ont donc été apportés par un glacier. Mais quel glacier, puisque l'appareil würmien dracquois n'est pas parvenu ici ? Nous avons dit plus haut que la terrasse supérieure, au moins dans sa partie sommitale, présente, elle, une forte proportion de tels blocs, avec même des blocs erratiques dont le volume dépasse le mètre cube, dépôts que nous attribuions à un retour du glacier rissien dracquois. Nous pensons dont que les éléments cristallins inclus dans la terrasse inférieur proviennent de la terrasse supérieure rissienne d'où ils ont été arrachés par l'érosion. À mi-hauteur de la terrasse inférieure, sous le Vieux Pellafol, un bloc erratique, arrêté dans la pente sur le bord de la piste, vient confirmer cette thèse. Pour être complet, nous signalerons que, sur l'autre rive de la Souloise, la terrasse d'Ambel est constituée en majorité de galets roulés de cristallin. Aucun problème, cette terrasse surplombe le Drac, il s'agit bien là de sédiments lacustres apportés par cette riviére. En conclusion, nous pensons que le lac du Beaumont a été comblé essentiellement par des dépôts par faible profondeur, s'édifiant au fur et à mesure que le niveau du lac s'élevait au cours de l'avancée du glacier de la Bonne. On pourra trouver d'autres renseignements sur ce lac du Beaumont, qui, curieusement, résultent d'observation faites loin des Alpes, dans les îles dalmates, à la page Des canaux dalmates au lac du Beaumont Quoiqu'il en soit ce lac servait de bassin de pré-décantation pour le lac du Trièves, en arrêtant la plus grande partie des dépôts grossiers. Son niveau a culminé à 873 m environ, altitude de la terrasse de Saint-Sébastien. Ce schéma nous semble respecter au mieux les indications des cartes géologiques ainsi que les observations que l’on peut faire sur le terrain , en particulier la quasi horizontalité des dépôts de la terrasse de Pellafol. Les eaux de surverse du lac s'écoulaient entre le versant est du Serre des Aires et la moraine frontale du glacier de la Bonne (voir la figure ci-dessus). Cette disposition est très fréquente. On peut l'observer, par exemple dans l'Isère, à La Mure, entre la colline du Paradis et la moraine du Calvaire ou encore à Gresse, également dans l'Isère. C'est également le cas de l'écoulement actuel de la Doire lorsqu'elle contourne les langues frontales des glaciers du Miage italien et de la Brenva, dans le Val Veni (Val d'Aoste). Cet écoulement a laissé des traces bien visibles dans le paysage, les arrachements du Bois Ribay, dans la face est du Serre des Aires, qui culminent à 870 m environ, c'est-à-dire la même altitude que la terrasse de Saint-Sébastien (voir à ce sujet la page Érosions de versants d'origine glaciaire) Plus en amont, la vallée du Drac
était - toujours au maximum du Würm II
- barrée par le glacier de la Séveraisse,
descendu du Valgaudemar. Ce schéma, certes encore partiellement du domaine de l'hypothèse et qui mériterait d'être complété, nous paraît être celui qui s'adapte le mieux aux observations sur le terrain, tout en respectant les lois d'écoulement de la glace. |
LE LAC WÜRMIEN DU CHAMPSAUR
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