LES SITES ÉLEVÉS DU GRESIVAUDAN
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La rive gauche de la vallée de l'Isère, entre Pontcharra et Grenoble, présente un certain nombre de sites caractéristiques quelque peu étonnants.

Du nord au sud, on rencontre ainsi toute une série d'
épaulements :


-- celui de l'arête ouest du Cul de Pet (I 17)
-- celui du Rocher de Monteynard (I 16)
-- celui des Plagnes (I 14 et 15)
-- la Butte de Pipay (I 12 et I13)
-- enfin celui où se situe le refuge du Molard (I 22)

Tous se situent dans le département de l'Isère.

Le croquis suivant montre la situation de ceux proches du col du Merdaret.


Voici leurs caractéristiques, telles qu'elles figurent dans le tableau des sites de l’Isère (repérés I)

Rep
Site

Alt (m)

Alt glac (m)

Type
Nb

Larg (km)

Pente (%)

Dist (km)

Carte TOP25

Carte géol

Coordonnées WGS84
I12
Butte de Pipay
1770
1820
SE
-
-
-
62
3433OT
Doméne

32T
266690
5016900

I15
Les Plagnes
1830
1880
SE
-
-
-
62,5
3433OT
Doméne
32T
267100
5017500
I16
Rocher Monteynard
1814
1860
SE
-
-
-
63
3433OT
Doméne
32T
267000
5018700
I17
Le Cul de Pet
1837
1890
SE
-
-
-
64
3433OT
Doméne
32T
267800
5019900
I22 Refuge du Molard 1780 1830 SE - - - 53 3335OT Doméne 31T
730772
5008237

Ces sites ont donc en commun le fait d'être des sommets sommets d''épaulements.
On ne peut manquer d'être frappé par les altitudes particuliérement élevées que présentent ces formes très nettes, toutes perpendiculaires à l'axe de la vallée de l'Isère, ainsi que par le "tir groupé" sur le graphique suivant, où ils sont figurés en vert :

ALTITUDE DE SURFACE DES GLACIERS

DE LA VALLEE DE L'ISERE



Voici par exemple l'épaulement de la Butte de Pipay, presque horizontal à 1740 m. (sommet à 1770 m).

Dans l'axe de l'épaulement, on ditingue Chamechaude et, plus à droite, la Dent de Crolles, deux sommets du massif de la Chartreuse.

Les caractéristiques de ces sites conduisent à envisager le passage, dans le Grésivaudan, d'un glacier de vallée, dont la surface atteignait 1850 à 1900 m, soit 400 m environ plus haut que le Riss.

À quelle glaciation pouvait appartenir ce glacier- hypothètique - qui a modelé des formes si caractéristiques des actions glaciaires ?
Au Mindel ? au Günz ? au Donau ?

Contrairement aux formes mineures du relief glaciaire et aux dépôts, plus sensibles aux érosions interglaciaires, les épaulements sont en effet des éléments de relief pérennes, au même titre que les vallées, dont ils constituent un élément indissociable.

Dans l'ignorance où nous sommes, nous nous contenterons de la nommer
"glaciation ancienne" .

Adoptons cette hypothèse selon laquelle les épaulements ont été formés par un glacier plus ancien et plus élevé que le Riss. Jusqu'où donc cet "appareil ancien" se serait-il étendu dans ses plaines de piémont ?

On sait que le Riss a déposé son vallum terminal près de Beaurepaire (consulter à ce sujet La basse vallée de l'Isère).

Qu'en était-il donc du "glacier ancien" ?

Supposons tout d'abord qu'il se soit avancé jusqu'à la rive gauche du Rhône, à l'altitude 180 m, soit 25 kilomètres plus loin que l'appareil rissien.
Compte tenu d'un effet de lobe vraisemblable, le calcul conduit à une altitude du glacier ancien au col du Merdaret,
certes supérieure à celle de son homologue rissien (1510 m), mais très inférieure à la valeur de 1850 / 1900 m indiquée par les six épaulements très élevés.

Il pourrait donc sembler évident que le glacier ancien, non seulement atteignait le Rhône, mais encore s'élevait assez haut sur sa rive droite. En lui-même, le fait n'a rien d'étonnant, c'est exactement ce qui s'est passé avec le glacier rissien du Rhône un peu plus au nord, dans les environs de Oullins.

De plus, un argument plaide en faveur d'un glacier très vigoureux dans sa plaine de piémont, c'est l'existence de la Bièvre Valloire, cette large vallée qui abrite la Côte Saint André et Beaurepaire.

Le fait que cette vallée conserve sa forme en auge très régulière jusqu'au Rhône montre bien qu'elle n'était pas occupée seulement par un lobe terminal, mais par un glacier de dimensions importantes.
La carte montre alors clairement que ce glacier ne se contentait pas de parvenir jusqu'à la rive gauche du Rhône mais s'appuyait largement sur sa rive droite.
On consultera à ce sujet la page Origine de la Bièvre Valloire


Loin des rives du Rhône, il en était de même dans un cas qui présente une convergence de formes particulièrement remarquable avec celui de la Bièvre Valloire, la vallée du James, aux USA, qui, elle, vient buter sur le Missouri.


Voici deux images satellites de la vallée du James, au South Dakota (USA).
Pendant les glaciations, cette vallée était parcourue par un émissaire de la calotte nord-américaine, remplacé actuellement par la rivière James, affluent du Missouri qui coule en bas des images.
On sera particulièrement frappé par la grande régularité de l'auge glaciaire, d'une largeur sensiblement constante du Nord (le haut de l'image) au Sud.
Cette régularité nous semble comparable à celle de la Bièvre Valloire, mais à une échelle tout à fait différente !
La largeur de la vallée américaine, en effet, est d'une centaine de kilomètres, alors que du Nord au Sud de l'image, elle s'étend sur plus de 300 km.
Ses dimensions sont sensiblement celles qui séparent Grenoble de Susa (Italie), et Nice de Genève. C'est-à-dire que cette vallée permettrait d'abriter à peu près toutes les Alpes françaises !



Mais il faut tenir compte d'un autre facteur : il ne faut pas négliger en effet la possibilité que des mouvements orogéniques se soient produits,dans la chaîne de Belledonne, depuis cette époque très ancienne et que les épaulements aient été formés à des altitudes plus faibles que leur positionnement actuel.

On chiffre actuellement le soulèvement du massif de Belledonne à environ 1 mm par an.
Bien que cette valeur ne soit qu'une estimation de la vitesse instantanée actuelle et que rien ne permette pour l'instant de connaître sa valeur dans le passé, l'imprécision introduite par les mouvements orogéniques rend quelque peu illusoires les valeurs d'altitude pour des glaciations antérieures au Riss (1 mm par an représente 100 m par 100 000 ans ou encore 1 km par million d'années !).

Plus de détails à la page orogénie et isostasie

Il nous semble probable que les deux facteurs ont joué, c'est-à-dire que, d'une part, le glacier ancien était plus vigoureux que le glacier rissien et parvenait largement jusqu'au Rhône et que, d'autre part, les altitudes du massif étaient alors inférieures à leurs valeurs actuelles. Dans quelle mesure relative jouent ces deux facteurs, il est évidemment difficile de le savoir.



D'autres sites de la vallée de l'Isère permettraient-il de préciser ce point ?

Effectivement, on rencontre, dans cette vallée, quelques rares sites caractéristiques dont l'altitude élevée montre qu'ils ne sont pas imputables au Würm ou au Riss.
Le plus intéressant d'entre eux est constitué par la grotte Vallier, qui s'ouvre, à 1520 m d'altitude, dans la face du Moucherotte dominant Grenoble.
En quelques mots, le glacier rissien n'ayant pas dépassé, à cet endroit, l'altitude de 1300 m , les dépôts de galets cristallins que la grotte abrite doivent donc être attribués à une glaciation plus ancienne, qui a été datée par paléomagnétisme comme étant antérieure à 780 000 ans. (voir à ce sujet la page La grotte Vallier).

Si donc la glaciation responsable des dépôts de la grotte Vallier est la même que la glaciation ancienne qui a modelé les épaulements du secteur du Merdaret, sa différence de niveau avec la glaciation rissienne peut être estimée à 220 m à la grotte Vallier, alors qu'elle est de 400 m environ au Merdaret.

Ces valeurs semblent bien montrer que les soulèvements orogéniques survenues depuis cette époque ont été plus importants dans le secteur de Belledonne que dans le Vercors.

La région d'Ancelle-Orcières, dans le Haut Drac, présente également des sites élevés qui permettent de conclure à l'existence probable d'un glaciaire très ancien, comparable à celui du Grésivaudan.
On lira à ce sujet la page Les sites élevés d'Ancelle_Orsiéres

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