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Les résultats obtenus pour les différentes vallées étudiées, que l'on pourra examiner dans les pages correspondantes, montrent fréquemment un bon accord entre la formule et la position des sites caractéristiques dans les parties moyennes et basses des vallées alpines. On consultera en particulier le graphique relatif à la vallée de la Durance, qui figure ci-dessous. Certains pourront toutefois s'étonner que la surface d'un glacier puisse être ramenée à une formule mathématique, simple de surcroît et dans laquelle le modelé du terrain sous-jacent n'intervient pas. L'examen des glaciers actuels peut effectivement en faire douter. Mais n'oublions pas que les glaciers que nous avons actuellement sous les yeux diffèrent des grands appareils quaternaires par leur taille, beaucoup plus modeste (à l'exception toutefois des grandes calottes telles que celles du Groenland et de l'Antarctique). Si les formes des glaciers actuels sont sensiblement les mêmes que celles des grands appareils quaternaires, ainsi que nous l'avons vu à la page différents types de glaciers, de nombreuses différences apparaissent toutefois lorsqu'on les examine dans le détail. Qui, à l'examen d'un paysage au crépuscule, pourrait avoir idée de la splendeur du plein soleil ? Au risque de choquer certains, disons qu'il existe la même différence entre les gigantesques fleuves de glace du Quaternaire et nos glaciers maigrichons actuels qu'entre une belle pomme, pleine, luisante ..... et le trognon qui en marque la fin. Les appareils actuels, avec leurs faibles dimensions, sont sensibles aux irrégularités du fond des vallées et aux variations de leur largeur, qu'ils traduisent par des ruptures de pente et des chutes de séracs. Jean Giono dirait que sous leur peau, on devine les os de la montagne. Les grands glaciers quaternaires des Alpes présentaient, quant à eux, des épaisseurs qui pouvaient atteindre 1000 m, voire même 2000 m au-dessus des ombilics et leur largeur atteignait parfois 30 km. C'est ainsi que du col des Aravis jusqu'aux contreforts du Mont Blanc s'étendait une "Mer de Glace" large de 25 km. De même au-dessus de Gap. La surface des glaciers pouvait donc suivre d'assez près la formule théorique qui traduit l'indifférence quasiment parfaite des grands appareils quaternaires aux irrégularités de leurs lits. |
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LE DOMAINE DE VALIDITE DE LA FORMULE DE NYE-LLIBOUTRY Comme la plupart des formules, celle-ci possède un domaine de validité dont il convient, avant toute chose, de bien préciser les limites.
Reprenons donc les termes de l'énoncé qui précède. 1 - ..... « en régime établi » ..... , c'est-à-dire qu'elle ne s'applique pas lors d'une variation rapide du débit du glacier, encore moins, bien entendu, dans le cas d'un surge. 2 - ..... « une masse de glace de largeur infinie ». Ceci permet d'effectuer les calculs dans un plan de figure. On est donc en droit de considérer que la formule s'applique également à une masse de glace comprise entre deux parois, à condition que celles-ci soient parallèles et assez éloignées pour ne pas apporter d'effet perturbateur dû aux frottements. Les lignes de courant sont alors parallèles. Au contraire, dans le cas d'une vallée étroite, interviendrait ce que nous avons appelé un « effet de paroi ». 3 - Mais la masse de glace peut n'être pas limitée par des parois parallèles, l'une des deux - voire les deux - pouvant faire défaut. C'est le cas par exemple pour un glacier de calotte ou lorsque, parvenu dans les plaines de piémont, un glacier de vallée s'étale en lobe. Les lignes de courant sont alors divergentes. Intervient alors ce que nous avons appelé un « effet de lobe ». 4 - La formule complète est plus complexe que celle qui figure ci-dessus, des termes du second ordre apparaissant lorsqu'on se situe très près du front de la masse de glace. La formule ne s'applique donc pas dans les dernières longueurs du glacier, où intervient alors un « effet de langue ». 5 - ..... « libre de se mouvoir sur une pente » ..... . C'est le cas général des glaciers de vallée - à l'exception, bien entendu de l'influence des parois que nous venons de mentionner - mais il existe des exceptions, par exemple lorsqu'un glacier rejoint un appareil plus important qui lui fixe son niveau aval. C'est le cas du glacier rissien du Drac. 6 - C'est également le cas des glaciers se terminant dans l'océan, où intervient alors ce que nous avons appelé un « effet de flottaison ». Il convient donc de tenir compte de ces divers « effets », que nous allons maintenant détailler. |
REMARQUE
IMPORTANTE Nous verrons un peu plus loin que, dans le cas des glaciers quaternaires alpins de largeur suffisante, l'altitude des sites caractéristiques les plus élevés est très proche de celles que la formule permet de calculer. Ces sites les plus élevés ont été édifiés au pléniglaciaire, lorsque les glaciers connaissaient leur extension maximum, tant en longueur qu'en épaisseur. Or il est connu que la forme de la surface des glaciers varie selon les phases glaciaires : un glacier "gonfle" lorsqu'il est en phase d'avancée et "maigrit" en phase de retrait. On peut donc en déduire que la formule est valable en phase de croissance et, à la fin de celle-ci, au pléniglaciaire, mais qu'elle conduit à des altitudes trop élevées en phase de retrait. Ceci n'affecte pas nos conclusions relatives à l'altitude maximum des glaciers alpins. |
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L'EFFET DE PAROI Le premier effet, le plus répandu - et qui nous intéressera au premier chef dans le cadre de cette étude - se rencontre essentiellement dans les parties hautes des vallées. Considérons par exemple la Romanche. Au-dessus du Bourg d'Oisans (Isère), la formule indique une altitude de la surface du glacier würmien égale à 1500 m, alors que des dépôts morainiques de cette époque peuvent être observés jusqu'à 1760 m au-dessus du Bourg, sur l'arête joignant le col du Solude (photo ici) à Prégentil. Ces dépôts renferment de nombreux éléments cristallins, alors que le bassin versant de Villard-Reymond n'est formé que de terrains sédimentaires ; ils n'ont donc pu être déposés ici que par le glacier de la Romanche [ carte géologique au 1/50 000 Vizille ]. Cette constatation est générale : dans le haut des vallées, les glaciers ont atteint des altitudes supérieures à celles que la formule permet de calculer. |
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Pourquoi
la formule, qui donne de bons résultats dans le bas des vallées, cesse-t-elle
de le faire plus en amont ?
Lorsqu'on examine la surface de glaciers de vallée actuels des Alpes ou de l'Himalaya, on constate que celle-ci peut présenter trois types de modelé : 1 - Des chutes
de séracs, qui se produisent sur une rupture de pente de la vallée
2 - Des zones à forte pente, dont la surface tourmentée trahit l'existence, en profondeur, d'une vallée de forme irrégulière 3 - Enfin des zones à effet de paroi où la pente, régulière, est plus faible que dans les précédentes, tout en étant supérieure à ce que donnerait l'application de la formule. Le tableau
suivant donne, pour un certain nombre de zones de ce dernier type appartenant
à des glaciers français et suisses
ainsi qu'à quelques appareils himalayens,
la valeur de la pente en fonction de la
largeur de la vallée.
![]() La pente est celle des zones à effet de paroi. La largeur est mesurée au niveau de la surface du glacier. Les résultats sont regroupés sur le graphique ci-dessous.
Les points en noir correspondent aux glaciers alpins, ceux en rouge aux glaciers himalayens.
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De
l'ensemble des graphiques figurant sur ces pages, on peut déduire que,
sous réserve des paragraphes qui vont suivre, la formule rend bien compte
de l'altitude atteinte par la glace dans le bas des vallées, tant que
la largeur du glacier au niveau supérieur de la glace restait supérieure
aux valeurs figurant sur le graphique ci-dessus.
C'était le cas dans le bas des vallées alpines, puisque l'on relève les largeurs suivantes : - Cluse de Voreppe : 4 km - Grésivaudan : 6 à 8 km - Champsaur ( au Riss ) : 4 à 8 km - Durance : 4 à 10 km. La meilleure démonstration de l'exactitude de la formule
nous paraît être constituée par ce dernier glacier.
![]() Il convient de garder
à l'esprit que la courbe doit être considérée comme joignant entre eux
les points représentatifs des sites caractéristiques
les plus élevés - c'est leur enveloppe,
au sens mathématique du mot - et non comme une moyenne entre tous les
points figurant sur le graphique. On voit alors que, de Sisteron
jusqu'au premier rétrécissement à moins de 4 km, qui se situe 108 km
en amont, à Saint-Martin-de-Queyrières,
tous les points se placent très correctement par rapport à la courbe.
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| L'EFFET DE LOBE OU EFFET D'ETALEMENT Le second cas où la formule ne rend pas exactement compte de la réalité se rencontre dans les lobes qui terminent, dans les plaines de piémont, certains glaciers alpins et alaskiens et dont on trouvera un exemple actuel remarquable à la page Le glacier Malspina. C'était le cas de celui du glacier wümien du Rhône, par exemple, dont le lobe terminal s'étalait en patte de lion (ou en patte d'ours ou en pecten, l'animal dépendant de l'auteur) sur le plateau molassique suisse ainsi que sur la plaine, également molassique, de La Tour du Pin. À Martigny, par exemple, la surface du glacier ne se trouvait qu'à 1750 m [Labhart et Decrouez, 1997] - ou vers 2000 m, ainsi que semblent le montrer des études plus récentes - et non à 2300 m comme l'indique la formule. Nous l'avons dit plus haut, la cause de cette divergence doit être recherchée dans le tracé des lignes de courant qui divergent, dans le cas de tels lobes de piémont, alors qu'elles sont parallèles dans celui d'une masse de glace de largeur infinie (ou constante), cas d'école ayant servi à l'établissement de la formule.
On trouvera des exemples, parfois très esthétiques : L'effet d'étalement est maximum dans le cas des grandes calottes glaciaires. Les courbes ci-dessous permettent de comparer les tracés des surface de quelques calottes (Antarctique, Groenland) aux valeurs fournies par application de la formule.
On constate que celle-ci conduit toujours à des altitudes égales ou supérieures à celles de la réalité. Dans le cas de l'Antarctique, la formule représente bien la réalité jusqu'à 300 km environ du front du glacier; plus en amont, la surface réelle se tient toujours en dessous de la valeur calculée. Ceci n'a, a priori, rien de surprenant, puisque la formule est établie dans le cas de lignes de courant parallèles - cas d'un glacier de largeur infinie ou constante - alors que celles des glaciers de calotte divergent à partir des points culminants. Les lobes glaciaires font l'objet d'une page spéciale Pour en savoir plus sur les glaciers du Spitzberg, d'Islande et de l'Alaska. |
L'EFFET DE LANGUE Même en l'absence de lobe, le calcul conduit, pour la partie terminale d'une langue glaciaire, à des résultats qui différent de la réalité. Selon la formule, en effet, les derniers mètres du parcours du glacier devraient se présenter sous la forme d'une surface de glace verticale ; en fait, la pente des langues frontale est plus faible, ainsi que peuvent en témoigner tous ceux qui les ont parcourues, crampons aux pieds. Ceci nous paraît imputable à l'importance que prennent alors les termes secondaires. A remarquer que cette pente est plus soutenue pendant les phases d'avancée du glacier qu'au cours des périodes de stagnation ou de décrue. |
L'EFFET DE FLOTTAISON
Pour être complet, nous mentionnerons un dernier effet, bien qu'il ne se rencontre pas dans les Alpes : lorsqu'un glacier se termine dans l'océan -- cas que l'on rencontre au Spitzberg, en Alaska et en Argentine -- les dernières longueurs du glacier sont soulevées par la poussée d'Archimède. Elles flottent et leur pente devient très faible. Il s'agit d'un glacier "vêlant" (calving glacier), qui vêle des icebergs. Le glacier plonge alors dans l'océan par une falaise verticale de quelques dizaines de mètres de hauteur ..... et on n'oubliera pas que sa hauteur sous l'eau est encore bien plus grande. La formule ne s'applique donc pas ici !
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